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Féminisme à la Malienne

March 2, 2011 | Aminata, programme DRC/DVM, stagiaire, Groupe Pivot/Droits et citoyenneté des femmes GP/DCF Mali

Être une féministe qu’est ce que c’est? Cette question continue à me tarauder l’esprit. Malgré mes connaissances, je ne suis toujours pas sûre de bien cerner cette notion. Pourtant, l’adjectif m’est rattaché depuis des années et je m’y suis accommodée sans problème. Je pense qu’il peut servir à décrire certains aspects de ma personnalité, de mon caractère et des idées qui me tiennent à cœur. Depuis que je suis jeune, la défense des droits des femmes et l’égalité entre les sexes a toujours été une de mes préoccupations. J’ai toujours été la première à intervenir, à débattre et à m’offusquer de propos que je juge machistes ou injustes. L’égalité entre les sexes est pour moi un droit, une logique. Seulement avec le temps, j’ai compris que les choses ne sont pas si simples. Je crois toujours en l’égalité entre les sexes, seulement je suis devenue plus modérée. Je me pose des questions, réfléchie, fais des recherches, analyse et essaye de comprendre les situations en profondeur avant de prendre part au débat. Au cours de mes études, j’ai eu tendance à choisir de sujets de recherches relatifs à cette question. Tous les jours j’apprends en observant les réalités quotidiennes des femmes d’ici ou d’ailleurs.

Ce fut donc avec plaisir que j’ai été jumelée avec le Groupe Pivot/Droits et Citoyenneté des Femmes (GP/DCF) à Bamako pour mon premier stage en développement international. Le GP/DCF est un réseau qui réunit huit associations et ONG qui ont en commun leur lutte pour les droits des femmes et le plein exercice de leur citoyenneté. On peut comprendre par Droits, la défense des droits des femmes, que ce soit au niveau de l’égalité entre les sexes, l’accès à la justice, la lutte contre les violences faites aux femmes, l’accès aux ressources, etc. Et par Citoyenneté, la participation citoyenne de la femme à la société au niveau de la politique, au niveau des prises de décisions, au niveau des changements. Dans son ensemble, la femme doit pouvoir participer activement à la vie citoyenne, jouir pleinement de ses droits et pouvoir prendre entièrement part au développement du Mali. Le GP travaille en collaboration avec des ONG, d’autres organisations de la société civile, avec le Ministère de la Promotion de la femme, le Ministère de la Justice et le Ministère de l’administration territoriale. Bref, le nom GP/DCF est généralement connu des gens du milieu et le réseau est reconnu pour le travail accompli à travers tout le Mali. L’État malien fait des efforts pour éliminer la discrimination à l’égard des femmes. Des textes protégeant les femmes ont été ajoutés aux textes légaux et les politiques s’orientent de plus en plus dans cette direction. Au niveau international, le Mali est partie à plusieurs accords dont la Convention de l’ONU sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Malgré cela, il reste encore à faire.

Le Mali est mon pays d’origine, il n’y a donc pas eu de choc culturel. Cependant, une période d’adaptation avec l’équipe du GP et les structures membres fut nécessaire même si elle ne fut pas longue.  Les gens sont naturellement accueillants et ravis d’avoir un nouveau membre dans leur équipe. J’ai l’occasion de travailler avec les permanents du réseau-mère, mais aussi ceux des huit structures membres du GP. Je me croyais féministe jusqu’à ce que je rencontre ces femmes et ces hommes qui font vivre ses organisations. J’admire ces femmes qui sont mères de famille, des femmes qui dirigent et travaillent dans des organisations, des femmes dont les idées ne se limitent pas à la parole, mais se concrétisent en actions. Des femmes qui malgré l’importance de la religion et de la tradition ont su faire entendre leur voix pour s’opposer à des situations qu’elles jugent injustes. Des femmes de carrière qui ont pourtant décidé de se consacrer à ces causes. Du temps, des efforts, du travail qu’elles mettent à contribution pour la plupart bénévolement.

Aujourd’hui j’entame le dernier de mes trois mois de stage. Pourquoi attendre la dernière minute pour publier  mon premier commentaire? Principalement parce que je n’ai pas vu le temps passer. Le GP/DCF est devenu une famille pour moi, ma routine, mon quotidien. Je ne me sens plus comme une stagiaire tout en sachant que je ne serai pas là éternellement. Depuis mon arrivée, je me suis vite mise à la tâche et je vois les choses avancer quotidiennement. Je suis conseillère en genre et communication. J’ai une formation en développement international, en droit, mais aussi en communication puisque j’ai  travaillé comme stagiaire/journaliste dans une salle de nouvelles pendant huit mois au total. J’ai combiné toutes ces compétences pour apporter ma contribution à l’organisation tout en apprenant et en vivant une expérience enrichissante. Le GP est une organisation dynamique, mais comme toutes organisations. le réseau connaît certaines difficultés notamment au niveau de la communication. Ma mission est d’aider à améliorer la communication au GP au niveau interne, comme externe, comme au niveau de la visibilité. C’est donc ce à quoi je travaille depuis le début de mon mandat. Chose simple et complexe en même temps car elle relève de petits changements à l’adoption de nouvelles stratégies de communication. Et voilà en gros, ce que j’aurai l’occasion de développer dans mes prochains commentaires.

D’ici là je vous laisse sur ce dicton chinois:

Les femmes portent la moitié du ciel sur leurs épaules