Archives - ‘Indonésie’

Le rôle majeur des ONG sur le terrain

November 13, 2017 | Maude, maîtrise CRM, Indonésie, UNAC, UNDP Indonesia - Intern Climate Change Cluster at Environment Unit

Nous avons eu la chance cette semaine de partir dans l’une des provinces de l’est de l’île de Sumatra. La mission avait pour but de rencontrer des ONGs qui travaillent sur le terrain pour s’assurer que notre projet puisse réellement améliorer la lutte contre les crimes forestiers. Nous avons eu une réunion avec deux ONGs. Au vu de la sensibilité des informations divulguées, elles nous ont demandé de ne pas les citer dans cet article. Ces réunions nous ont incontestablement permis d’avoir une vision plus informée et juste de la réalité.

Ainsi nous avons appris que les communautés locales n’étaient que très peu impliquées dans la commission des crimes environnementaux tels que les trafics d’animaux et de bois illégal, le défrichement ou encore l’exploitation de terres en dehors des concessions attribuées. La province a en fait connu plusieurs vagues d’immigration au cours des dernières années en provenance d’autres provinces indonésiennes. Ces « migrants » comme le directeur d’une ONG les appelle sont engagés par les réseaux criminels pour investir la forêt et procéder aux conduites illégales. Cependant, la non participation des communautés locales n’est qu’une question de temps selon le directeur. Une fois qu’elles auront compris la composante lucrative de telles activités, elles demanderont à y être impliquées. Il importe donc stopper les réseaux criminels à la tête de ces activités afin de les empêcher de s’étendre davantage en recrutant les communautés locales.

Le trafic d’animaux est particulièrement actif dans le secteur. Ce sont principalement les pangolins et les porc-épics qui sont à la mode maintenant. Exportés vers la Chine principalement, les premiers sont recherchés pour leur viande, leurs os et leurs organes ainsi que les bienfaits aphrodisiaques de leurs écailles alors que ce sont seulement les organes des seconds qui intéressent principalement les clients. Par conséquent, ceux-ci sont éventrés à même le sol, dépecés et puis laissés là. Triste portrait d’une société dont l’imagination ne manque jamais de satisfaire les intérêts de personnes obnubilées par leur bien être pour le plus grand plaisir de réseaux criminels qui ne cessent d’augmenter leurs marges bénéficiaires.

En ce qui concerne les aspects politique et juridique, les ONGs nous ont expliqué que les autorités de la province avaient récemment adopté un décret « tolérance zéro » en matière de feux de forêt. Le problème ne réside donc pas dans l’inexistence de lois mais bien dans un manque d’effectivité et d’efficacité dans l’application de la loi. Ainsi, dans une récente affaire impliquant une multinationale en raison de feux de forêt dévastateurs ayant commencé sur sa concession d’huile de palme, le juge a préféré appliquer le Code Criminel à la loi sur la prévention et l’éradication des feux de forêt. Or, celui-ci requiert la preuve de l’intention de commettre le crime alors que celle-ci stipule qu’il incombe au propriétaire de la concession, in casu l’entreprise, d’assurer une bonne gestion de son territoire. Par conséquent, l’origine criminelle ou non du feu de forêt est sans importance. In fine, dans cette affaire, l’entreprise propriétaire n’a pu être incriminée par le Code criminel en raison d’une absence de preuve montrant qu’un de ses membres avait bouté le feu à la concession. Les conséquences d’un tel verdict sont dramatiques puisque le nombre d’hectares de forêt détruits par le feu ne seront pas restaurés. Affaire de conviction ou de corruption ? Les deux selon les ONGs. D’une part, le juge était convaincu que le feu résultait d’un accident et ne pouvait être associé à un crime. D’autre part, les ONGs soupçonnent fortement que cette conviction ait été influencée par des actes de corruption. Cependant, et c’est là où le bat blesse, les actes de corruption sont très difficiles à prouver. Bien que consciente de leur existence, nous avions cependant minimisé l’importance de leurs rôles dans les crimes forestiers. Par conséquent, c’est une composante que nous allons désormais intégrer dans nos futures recherches.

En outre, nous avons eu la chance d’intervenir et d’assister à une réunion réunissant pas moins de seize acteurs jouant un rôle majeur dans l’application de la loi (directeur de la police, membre du gouvernement provincial, directeur des unités des forêts, membre de l’armée, etc.). Ces aspects de conviction et de corruption n’ont pas été abordés lors de la réunion. Pas plus que la coopération avec les ONGs. L’importance de la coopération et de la coordination a été affirmée et réaffirmée à plusieurs reprises certes mais seulement entre les différentes autorités chargées de l’application de la loi. Cette différence nous intéresse particulièrement car elle fait partie des premières interrogations que nous avons eues. Nous cherchons toujours à comprendre les raisons pour lesquelles les autorités refusent de collaborer avec les acteurs locaux et de les impliquer dans le processus d’application de la loi. La littérature est univoque à ce sujet. Plusieurs auteurs plaident fortement en faveur de la participation d’acteurs privés, publics, gouvernementaux, non gouvernementaux et communautaires dans l’application de la loi. En outre, de nombreuses recherches ont montré les résultats positifs de projets axés sur la gestion communautaire des forêts, c’est-à-dire la gestion des forêts par les communautés locales, (CBM) et sur la participation des ONGs dans cette gestion (Paneque-Gálvez, McCall, Napoletano, Wich, & Koh, 2014). La participation de ces différentes parties permettrait notamment d’étendre le domaine d’expertise ainsi que les réseaux de surveillance des crimes forestiers, deux aspects essentiels d’une gestion des forêts effective et efficace. Affaire à suivre donc.

Que retenir de cette mission ? Les ONGs sont des acteurs qu’il importe de consulter dans l’élaboration d’un projet. Agissant sur le terrain, elles connaissent mieux la réalité et peuvent incontestablement informer positivement le contenu d’un projet. En outre, les ONGs sont des acteurs avec lesquels il importe de coopérer et de collaborer. En effet, comme la littérature ne cesse de le souligner, la collaboration et la coopération jouent un rôle majeur dans l’effectivité et l’efficacité de l’application de la loi.

Promoting gender equality in Indonesia

October 24, 2017 | Sue, Masters in International Development and Globalization, Association canadienne des Nations Unies, Indonesia, UNDP Jakarta, Gender Equality Intern

I have been in Indonesia for around five months, where I am working as a gender equality intern with United Nations Development Programme. In my position with UNDP, I am supporting gender equality campaigns and helping to do desk research for projects, and all these tasks give me chances to meet people who are interested in this field and to dip into different development projects.

Most of my Indonesian friends are girls around my age. I met them at the office or events, or knew them through our mutual friends. When they know I am doing my internship with UNDP and working on gender equality issues, they tend to show their admiration, and sometimes I even feel that they are more motivated and passionate than me about what I am doing, which makes me feel ashamed. I met one girl at an event held jointly by UNDP and other women empowerment agencies. She was volunteering there while I was supporting our UNDP booth, and we became friends later. She revealed a lot about her own thoughts to me, about her choice to not wear hijab, about her dreams and ambitions in the future. She was born and raised in a traditional Muslim family which usually requires their daughters to wear hijab, but she is lucky as her mom respected her choice and told her that she could take off her hijab if she didn’t like it. So in her family, her sister and mom wear hijab while she does not need to. I was really surprised when I knew this since under my impression wearing hijab is never a choice but a must for them. She then told me more about her mom, a single parent who raised three kids by herself, and at the same time managed her own business. Although I never met her mom, but an image of a strong, confident, open-minded woman appeared in my mind. Apparently, her mom set a very good example for her and also for her siblings. She told me she planned to go abroad to pursue master degree in the future, and her mom was very supportive about this.

Her story motivated me a lot and I started to rethink about my work here. In the past few years, many campaigns and projects have been launched to promote gender equality and empower women in Indonesia. Workshops have been set in both urban and rural areas to provide information and skill trainings to women to empower them politically and economically, but I am always confused about how we measure the impact of these activities. We do have evaluation process but is it the real impact? Also, how can we make a long-term sustainable impact? My friend’s story enlightened me. Now I know our work does make changes, and it has actually benefited more people than we thought. I don’t know how my friend’s mom started her business at the very beginning. Maybe she attended some workshops and was inspired by them, maybe she didn’t. But workshops, trainings, information sessions do help a lot and can benefit women and their whole families. Increasing family income is just one aspect, more importantly, these women can share the value of gender equality with other people and will pass it to next generations. My friend is a good example. If her mom lacks the sense of self-support and have no job or business, how can my friend grew up to be such a confident and ambitious girl just like her mom? I feel grateful that I was given such a good opportunity to observe these issues closely, and finally got answers to all the questions stuck in my mind.

A journey of being reshaped

October 24, 2017 | Sue, Masters in International Development and Globalization, Association canadienne des Nations Unies, Indonesia, UNDP Jakarta, Gender Equality Intern

If you ask me to give you one question that I was asked most frequently in Indonesia, I would say “where are you from?”. This question accompanied me from the very beginning till the end of my internship. At first, I ‘hate’ it a lot because it always took me a few minutes to explain to the people, and sometimes it even turned out that I misunderstood the question.

“Where are you from” seems to be a very simple question, but I found it confusing and perplexing sometimes. First, I have to figure out whether they are asking about organization or country if I am talking to someone from other organizations or companies. Then, I have to think whether they want to know the place I lived before I flew to Indonesia or my home country, namely, my nationality. Although it sounds ridiculous, but I have to admit that this ordinary question ‘annoyed’ me for a while. I usually told people I was from China at the beginning, but then the answer aroused their curiosity greatly as they were thinking why I came to Indonesia, and why I didn’t work for UNDP China, and I had to explain to them that I was studying in Canada and was sent by my university and UNAC. It really made me tiring since I have to explain the same thing again and again if I was in an event, meeting with strangers from different backgrounds.

Then I realize that one of the reasons I hesitate before answering the question is that I am subconsciously thinking about which country I should represent. It seems that I have multiple identities in this foreign country -I am originally from China, I am studying in Canada, and was sent by Canadian organization, so I am a Chinese but at the same time I am an intern from Canada. Interestingly, I start to have a sense of attachment to Canada after I came here which never appeared before. I was as excited as other Canadian intern when we gathered together to celebrate Canada Day, and since I have been in Canada for around 9 months and know Canada better than other foreign interns, my Canadian friend even called me “half Canadian, half not Canadian”. It was after I went to Canada that I realize how deeply Chinese culture rooted in my mind, and it was during my stay in Indonesia that I got to know how my experiences in Canada shaped me in another specific way. It might because I tend to compare my host country with the countries I have been to before, though I didn’t mean to do that, and when I observe and compare everything I notice in different countries, I start to realize, “Oh, I already know that much about these countries.”

Living in a foreign country is totally different from travelling. First, like I mentioned before, I will have a sense of attachment to this country after I live there for a long time. How long is ‘long’? I have to say over three months. We can see a country as a friend, so we start to know and adapt to this new friend in the first three months, and then we finally can enjoy being with this friend. During this period, we spend time together, share every moment and create many beautiful memories. If countries we travelled are just ‘acquaintances’ for us, then countries we have lived in are our real friends that will stay in our lifelong memory. Also, I believe that if we want to know a country well we have to know people living there, which means we need more time to get along with the local people to make them talk and be themselves, but travel does not provide this precondition. So working or studying in a foreign country is an ideal way to experience different lifestyles, communicate with local people and reshape ourselves. For me, it usually takes me one month to figure out how local people live their life, but three months to try to live like local people. For example, now I am already used to cook and eat fried noodles, just like Indonesian people, which changed my favor of soup noodles. This is just one small examples of all my changes. I sometimes feel that I am being affected little by little every day during my stay in Indonesia. How can this gradual process reshape me? I can’t tell now but I am sure I will know after I leave here. It is true that we can’t extend the length of our life, but we can expand the width through experiencing, learning and reflecting.

Les crimes liés au changement climatique

October 20, 2017 | Maude, maîtrise CRM, Indonésie, UNAC, UNDP Indonesia - Intern Climate Change Cluster at Environment Unit

Le mercredi deux aout 2017, un nouveau cap a été franchi : l’humanité a consommé l’entièreté des ressources que la planète est capable de renouveler en un an. Le mercredi deux aout 2017, un nouveau cap a été franchi : l’humanité vit dorénavant encore un peu plus à crédit. Le mercredi deux aout 2017, un nouveau cap a été franchi : l’espèce humaine a encore une fois préféré l’idéologie capitaliste et sa logique de surconsommation.

À Jakarta, en tant que stagiaire non rémunéré travaillant pour le Programme des Nations Unies pour le Développement, nous participons à la mise en œuvre d’une approche appelée l’approche « Multi-Door ». Celle-ci vise à améliorer l’effectivité et l’efficacité de l’application de la loi dans le domaine des crimes forestiers. L’approche « Multi-Door » peut se définir comme l’investigation commune de crimes forestiers à travers la coopération de plusieurs autorités chargées de l’application de la loi et donc, l’application de différentes lois. Oui d’accord, me diras-tu, mais les crimes forestiers et l’application de la loi, c’est quoi ? En outre, en quoi ces dimensions sont-elles des composantes du changement climatique ?

Le changement climatique cause non seulement des dommages environnementaux à l’échelle mondiale, mais aussi des préjudices sociaux, économiques et politiques aux membres de l’espèce humaine, dans la mesure où il exacerbe la pauvreté, la famine, la faim ou encore les prestations de soins de santé. Cependant, les membres de l’espèce humaine ne sont pas les seules victimes du changement climatique puisqu’il affecte aussi les espèces non-humaines et l’écosystème lui-même (Kramer & Michalowski, 2012; Lynch & Stretesky, 2010; White, 2008).

Lancé par le PNUD en Indonésie en 2017 et financée par le ministère des Affaires étrangères et du Commerce (DFAT), l’approche « Multi-Door » constitue une initiative qui reflète en partie une réponse intégrée. Elle se définit comme l’investigation commune de crimes forestiers à travers la coopération de plusieurs autorités chargées de l’application de la loi et l’application de différentes lois. L’utilisation de diverses réglementations telles que celles liées à l’environnement, la sylviculture, l’exploitation minière, la fiscalité, le blanchiment d’argent ou encore la corruption, associée à la coopération entre les différentes autorités chargées de l’exécution de la loi, telles que les autorités forestières et judiciaires, douanières et la police, permettront d’étudier l’affaire sous plusieurs angles et conduiront à une application de la loi plus effective et efficace. En effet, cette approche permettra de minimiser la possibilité pour l’auteur d’échapper à la sanction en raison de l’application d’une seule loi (UNDP, 2017).

Les forêts jouent un rôle crucial dans la santé écologique de la planète. Tout d’abord, elles fournissent des services qui contribuent au bien-être des membres de l’espèce humaine tels que l’approvisionnement et la filtration d’eau ou encore l’habitat. Deuxièmement, elles fournissent un habitat à la majorité de la biodiversité terrestre vivant dans le monde. Troisièmement, elles constituent des puits de carbone puisqu’elles éliminent le carbone de l’atmosphère grâce à la photosynthèse. Plus précisément, elles stockent 86% du carbone terrestre (Gupta et al., 2013; Streck & Scholz, 2006).

La complexité entourant les crimes forestiers exige la mise en œuvre d’une approche intégrée, c’est-à-dire une approche qui implique la participation de différents types d’acteurs ainsi que leur collaboration. En d’autres termes, l’engagement de différents types de parties prenantes, telles que les organisations gouvernementales mais aussi les organisations non gouvernementales (ci-après ONG) et les communautés locales, se traduira par une application plus effective et efficace de la loi. En effet, en élargissant la portée et l’ampleur de la surveillance des crimes forestiers, la coopération entre ces différents acteurs pourrait améliorer non seulement la détection, les enquêtes et les poursuites de ces crimes, mais aussi avoir un effet de dissuasion et de prévention car les auteurs potentiels de crimes forestiers seraient incapables de savoir qui les observe ainsi que le moment et l’endroit d’où ils sont observés. Cet effet est appelé effet panoptique en référence au panoptique de Foucault (White, 2016). En outre, la nature transnationale des crimes forestiers implique une coopération internationale afin de permettre aux autorités chargées de l’application de la loi de travailler en dehors de leur propre juridiction (INTERPOL, 2013).

L’approche « Multi-Door » constitue une approche qui reflète partiellement les caractéristiques d’une approche intégrée dans la mesure où elle n’implique pas les communautés locales et les ONGs. En tant que future criminologue spécialisée dans la criminologie verte, nous cherchons à renforcer la dimension « intégrée » de l’approche. C’est dans la poursuite d’un tel objectif que nous allons continuer les recherches commencées. L’enjeu est de parvenir à lier la théorie à la particularité du terrain indonésien tout en prenant en considération d’une part, les enseignements dégagés de différents cas d’études et d’autre part, les « best practices » et les obstacles identifiées lors d’entretiens avec les acteurs de terrain.