Archives - ‘Brazil’

MISE EN CONTEXTE

July 16, 2013 | Monica, DVM, Alternatives, Brésil, Terrazul

Après une lecture exhaustive d’un document concernant l’histoire, les projets et les secteurs d’action de mon ONG. Je crois avoir acquis un certain degré de connaissances quant à la méthodologie, qui guide leur mode d’action et de fonctionnement.

Il est important d’effectuer une mise en contexte sur l’ONG en question et ses origines pour mieux en saisir ses enjeux. L’organisation Terrazul est née en 1999 et est le résultat d’une fusion entre un groupe de syndicalistes agissant au sein des comités de l’environnement et la santé des travailleurs avec des écologistes et des éducateurs environnementaux, afin de rapprocher les enjeux écologiques des mouvements sociaux et de développer des actions dans le cadre de l’écologie sociale. Aujourd’hui, elle agit en combinant un fort activisme environnemental bénévole avec la réalisation de projets et d’écoles formatrices pour les jeunes. Leurs actions sont axées sur l’élargissement du débat et le renforcement de la lutte environnemental pour la création d’un nouveau modèle de civilisation dans lequel règne le respect de la diversité ethnique, culturelle et biologique des individus et des groupes sociaux.

L’institution établie dans ses projets une relation entre les problèmes liés à l’environnement et leurs causes économiques, sociales et politiques. Chaque projet de l’organisation est fait en suivant le Traité de l’éducation environnementale, la Charte de la Terre, l’Agenda 21 et la charte des droits de l’homme. On observe une constante dans toutes les interventions de l’ONG est celle-ci est une fervente lutte pour la défense des populations les plus vulnérables face aux injustices environnementales, soit les groupes les plus marginalisés de société.

PLANIFICATION DES 7 PROCHAINES ANNÉES.

June 13, 2013 | Monica, DVM, Alternatives, Brésil, Terrazul

Je m’appelle Monica, je suis une étudiante en développement international et administration. Ma première entrée sur le blogue traitera spécifiquement sur une série de réunions que nous avons eu dans le but d’établir un plan d’action pour les 7 prochaines années de l’ONG alternatives Terrazu ici à Brasilia.

Après trois jours intensifs de réunions 9 AM à 10 PM, je dois dire que j’ai appris un grand nombre de choses extrêmement intéressantes non seulement sur la vision, la mission et les valeurs de mon ONG et mon mandat mais aussi sur les habitudes et les manières d’être et de faire des brésiliens.

Cette planification avait pour objectif de définir le futur de l’organisation. Ainsi, nous avons divisé le plan d’action en trois phases : Soit premièrement la définition des forces, faiblesses, menaces et opportunités de l’ONG pour ensuite dans une deuxième phase distinguer la façon de renforcer les forces et faire face aux faiblesse. Finalement dans une troisième et dernière partie nous avons défini les stratégies et crée un calendrier tout en définissant les responsables de chaque projet.

Je peux dire que maintenant je comprends beaucoup plus les diverses facettes et la complexité des défis auxquels font face les ONG à travers le monde. C’est-à-dire un grand nombre de projets et d’idées mais un manque de financement et de ressources financières énorme. Ici, la majorité des membres travaillent de façon volontaire avec comme unique motivation d’effectuer un changement et d’éduquer les gens sur le développement durable et les effets des changements climatiques. Je crois qu’il est important de noter une particularité de cette ONG, qui connait des limites de financement pour différentes causes : d’un côté elle se dit ouvertement communiste- écologique, donc le gouvernement brésilien ne veut pas leurs donner de fonds. Aussi, elle a des valeurs morales extrêmement fortes et ne cherche des financements que de la part d’individus et de groupes qui partagent leurs valeurs et leur vision spécifique. Puis de l’autre côté, comme le Brésil est vu internationalement de plus en plus comme un pays riche, il souffre de pertes de financement car les investissements ont tendance à être dirigés vers l’Asie et l’Afrique.

En ce qui trait aux pratiques culturelles, ici, les gens sont beaucoup plus relax et les notions temporelles sont floues. Les brésiliens sont aussi très passionnels et les discussions deviennent très animés et bruyantes en un clin d’œil. Toutefois, après les cris et les débats on lève les yeux et ils sont en train de danser, chanter et se faire des blagues. Mon ONG fonctionne comme une grande famille, ces deniers sont énormément affectueux et considérés. Même si je ne parle pas portugais avec l’espagnol je peux comprendre la plupart des thèmes et puis leur sens de l’humour et universel.

Balancing Contradictions in Brazil

July 16, 2012 | Carolyn, ECH, AFS, Brazil, Centro Integrado de Estudos e Programas de Desenvolvimento Sustentavel (CIEDS)

With one month left, I am feeling slightly stressed…

I am having a really hard time getting through the days and even more difficulty unwinding after them. Sometimes I am in really sketchy places and I find it really frustrating; dangerous is the most obvious level, but it is also annoying to have one’s liberty so constrained, stressful and exhausting, and angering since I feel this way because I am a woman, which relates directly to my work!

I have been over-analyzing everything. I cannot shut it off. For example, when I get dressed in the morning, I think: I want to look professional enough that the women in the favelas respect me and feel that I am respecting them as colleagues – but not too professional as to say, ‘I’m a foreign student who knows more than you’. I do not want to wear any jewellery because I do not want to attract attention along the way (robbery, kidnapping etc.), but once I arrive at my meeting, I do not want the women to think I took off all my valuables to meet with them…

I feel stressed in part because I have a lot of things left to do and people to visit, but also because I got what I wanted; I am in charge of formatting, creating, and executing the presentations for the community forums that are being conducted all this month and into August – even after I leave. I was so focussed on getting real experience, not a useless job that a foreign intern might have, that I forgot that I am a foreign intern.

Thus, I am working a lot. I visit a lot of different places and meet with a lot of different people. Sometimes I am working in an office that has computers and security people, other times in the government assistance stations or health posts. Sometimes in a shack made of sheet metal and no floor, outside of the city limits.

One thing is constant; I am way too serious. Language barriers aside, I forgot that cultural barriers are pretty intense. Brazilians joke a lot. It comes naturally for them to play with words, with situations, with stories. They stroll into meetings half an hour late and I am sitting there sweating, probably abrupt and curt by their standards. I have to consciously remind myself to add a little joke and “calmaaaa”. In the shower I think of little jokes about what I saw on the news because like the Brazilian Samba gene, I have no Brazilian joke-in-the-second gene (Please note: My English skills are deteriorating rapidly).

So, with one month left, I need to:
1. Joke more.
2. Produce presentations and translations like a super hero.
3. Relax better.
4. Find a job for August. Find an apartment in Ottawa. Apply for jobs in Ottawa and Brazil.
5. Lose my gringa, ‘office tan’ = the blue tinge of terrible lighting….

This trip will be remembered as Balancing Contradictions in Brazil.

One month deep

June 1, 2012 | Carolyn, ECH, AFS, Brazil, Centro Integrado de Estudos e Programas de Desenvolvimento Sustentavel (CIEDS)

I have been in Brazil for almost exactly one month. I am thinking so many things every moment of every day that I have no idea where to begin with this blog…

 

 

With reference to personal expectations:

I was trying really hard not to have any - I have been to Brazil twice before; a one year exchange in 2006 and a one month visit in 2011. Brazil has captured my heart and I continue to come back because of these wonderful experiences. I was trying to keep my expectations realistic for this visit because my others had been so incredible, and yet, here I am enveloped in perfection! My family and I are a perfect match and my work placement, colleagues, schedule, and tasks are inspiring. I could not imagine a more incredible international internship for myself.

Brazilian culture is not all parties. My colleagues work efficiently, work a lot, and work because they love it. This is contagious! I have been captivated by the passion that my coworkers have for even the tiniest of tasks. For example, I get to work a half hour earlier than everyone so that I have time to read the e-mails they sent before going to sleep because they stay up later than I do.
I work about 8hrs per day, often 12 or 14 with the commute times. I also often work on weekends because the women we meet work during the weekdays.
I recently fell ill because of a virus and exhaustion. The feeling this gave me was annoyance - I do not want to fall behind or miss any of the action at my placement! I realize this sounds ridiculous and unhealthy, but three month international work placements are partially ridiculous and unhealthy.

My work placement involves mobilizing women in poor neighbourhoods outside of Sao Paulo. Missing a meeting means missing the opportunity to meet another woman who will completely change my life and the way I see and understand things. Meanwhile, this work involves sensitive subjects and I am constantly frustrated that I am not able to word things as perfectly as I would like or understand the undertones of discussions and debates. I am not sure how long I would need to be able to do overcome this challenge, but I am devoted to improving my Portuguese.

 

With reference to my personal experience:

My biggest fear was that I would be treated like a foreign exchange student instead of an integral part of the team. I can honestly say that I am beginning to be given real portions of the team’s work. This is the most exciting part of my internship! I set off to work every day excited about the challenge ahead.

I am constantly aware of the very strange time in Brazil’s history that I am seeing; there appears to be a new, social programming ’industry’ arising. The pessimist in me feels that it may just be part of preparations for the World Cup and Olympics, while the optimist in me thinks it is Brazil’s social reawakening, supported by President Rousseff’s dedication. Either way, it is exciting to see so much activity centred toward social justice.

 

My host family and I talk about everything - to the point where conversations most often end with, “Oh no, look at the time, again! We should really all go to bed.” My twelve year old host brother makes me breakfast banquets in the morning and even asked me to teach him yoga! I cannot articulate how much I enjoy their company.

I have been exploring the city on my own and with friends from my previous Brazil travels. I feel comfortable in Sao Paulo so long as I only try to understand this massive city in so far as Metro stops - otherwise I really do continue to feel lost.

Time to get back to work, e vivando em Português!

Ate mais,

Carolyn

La crépuscule : Cuando a rua é nossa casa

September 2, 2010 | Karine, stagiaire, Brésil, Parcours solidaires, Mouvement des sans terre

Boa noite Ottawa,

Avant-propos

Vous est-il déjà arrivé de marcher dans ces rues du centre-ville plus sales que d’autres alors que vous revenez de l’épicerie, vous sentez complètement satisfait d’avoir accompli cette tâche en utilisant vos nouveaux sacs réutilisables, et soudain vous avez le malheur de croiser son regard. Il semble espérer quelque chose de vous. Il tient un gobelet de café Tim Hortons© mais ce n’est pas parce qu’il a froid et encore moins parce que la chance lui a souri quand il a déroulé le rebord. Non. Iil a ce gobelet dans ses mains parce que c’est tout ce qu’il a ou plutôt tout ce qu’il lui reste. C’est un itinérant, un sans-abri  comme on les appelle. Vous savez très bien ce qu’il espère de vous avec ce gobelet.


En un court moment, qui vous paraît une éternité, vous sentez votre pouls s’accélérer; ce regard vient chercher quelque chose d’insaisissable en vous. Comme un pincement, un cri du coeur, une série de sentiments se succèdent : pitié, colère, honte, insécurité, inconfort, malaise… Toute cette confusion interne occasionnée par ce simple regard.  Au coeur de ce tableau où ne se dessinent qu’abondance, richesse et consommation, l’image de cet homme au gobelet qui vous regarde vous semble des plus absurdes, des plus abjectes. Il y a décidément quelque chose d’erronné dans ce tableau. « On est au Canada ici, comment se fait-il qu’il y ait encore quelqu’un qui vit dans la rue au XXIe siècle? »


Personne ne reste indifférent à la misère humaine, à la misère de l’autre. C’est justement ce qui nous différencie des simples animaux, ce sentiment naturel de compassion, de solidarité, voire de pitié pour l’autre. « L’homme après tout n’est-il pas un être sociable de façon innée? » – aurait dit Rousseau.


Ce même sentiment de compassion vous amène à vous rappeler qu’il vous reste quelques 3 dollars dans votre poche – la monnaie du 20$ que vous avez utilisé pour payer l’épicerie. Vous commencez à vous dire que vous pourriez très bien lui donner ces 3 dollars. Après tout, ça ne représente à peine que 10 minutes de travail pour vous. Chose certaine, cette somme servira plus à lui qu’à vous. Pour le moins, il pourra s’acheter un autre café.


Ainsi, au moment où vous vous apprêtez à écouter votre for intérieur et faire don de 10 minutes de votre travail, une autre voix s’élève en vous : « Si cet homme est dans la rue c’est probablement de sa faute. Moi, j’ai travaillé fort pour gagner ma vie. Après tout, qui le souhaite vraiment au Canada peut réussir et ce, peu importe le milieu où il est né.  Et qu’est-ce qui me dit que cet argent n’aidera pas à payer sa prochaine bouteille de fort? » C’est alors que vous détournez rapidement le regard, baissez les yeux, et poursuivez votre chemin en prenant bien soin d’éviter à nouveau de lui prêter attention.


Cette scène aura duré à peine une seconde. Vous vous convaincrez que vous avez bien fait. En vérité, ce sans-abri était réellement alcoolique. Malgré tout, reste au fond de vous un sentiment de culpabilité. Coupable d’avoir trahi la nature même des hommes. Ces êtres fondamentalement solidaires, compatissants.

Ici, dans l’État d’Alagoas (Brésil), là où une personne de la population active sur trois est considérée sans emploi [1], ce genre de scène fait partie du paysage quotidien. De refuser régulièrement de donner à un homme de trente ans qui en paraît cinquante pour avoir tant souffert; ça, à la limite, on s’y habitue. Mais quand un enfant, qui est tellement jeune qu’il pourrait facilement être votre fils, tire sur votre chandail comme un enfant l’aurait fait avec sa mère, qu’il vous regarde avec ses yeux creusés par la faim et vous demande de l’argent; ça, on ne s’y habitue jamais. Je ne m’y habitue jamais. Chaque fois, une immense douleur envahit mon corps, mon âme, me paralyse. Juste par la couleur de ma peau cet enfant sait très bien que j’ai de l’argent et, à moi de lui répondre en le regardant dans les yeux : « Não, desculpe. »[2] 
 
Ça fait mal à chaque fois mais, après avoir passé un mois à travailler avec le Projeto Thalitta (PT)- une maison d’accueil visant la réinsertion des jeunes filles de la rue - je peux vous le dire, c’est la chose à faire. Donner de l’argent directement aux sans-abri n’enraie en rien les problèmes à la racine de l’itinérance : pauvreté, absence de sécurité sociale, toxicomanie, alcoolisme, etc.  Toutefois, voter pour un parti qui souhaite améliorer notre système de sécurité sociale (assurance-chômage, assurance-emploi, etc.), faire un don aux organismes comme le PT sont des formes concrètes d’aider à lutter contre l’itinérance. Mais, encore là, c’est loin d’être la panacée à ce problème sociétal.
Projeto Thalitta : une seconde chance 

    
Le PT a été fondée en 1986 suite à l’initiative commune de plusieurs congrégations religieuses. Avant cette date, à Maceió, les seules institutions destinées à venir en aide aux enfants de la rue étaient des orphelinats ou des crèches. Toutefois, les orphelinats ne répondaient pas tout à fait aux problèmes des enfants de la rue puisque, premièrement, ce ne sont pas tous les enfants de la rue qui sont des orphelins; deuxièmement, les orphelinats reçoivent souvent comme mission d’assigner des familles, des parents adoptifs aux enfants qu’ils accueillent. Or, qu’arrive-t-il lorsque les enfants ne sont plus des enfants mais des adolescents? À partir de 10 ans, les chances d’être adopté sont pratiquement nulles.  

C’est là que le rôle du PT devient crucial. Quand un des intervenants du projet voit ou entend parler d’une jeune fille qui a plus de 10 ans et qui vit dans la rue, les intervenants commencent d’abord par rechercher si l’enfant en question est orpheline.  Dans tous les cas, le PT entame des procédures en justice pour obtenir la garde légale de l’enfant jusqu’à sa majorité (18 ans).

Le PT possèdent 3 maisons d’accueil à travers Maceió; chacune des maisons a une capacité d’accueillir 15 filles à la fois. En ce moment, il y a une liste d’attente de 7 filles qui demeurent dans la rue en attendant qu’une place se libère… et la demande ne diminue pas avec les années. Pourtant, les maisons d’accueil n’offrent rien de très grandiose : un lit superposé, un toit, de quoi manger à chaque jour (couscous de maïs le matin et le soir, fèves noires et riz le midi).  Mais au moins, les filles peuvent se rendre à l’école et sont épargnées de vivre dans la rue, dépendantes de la pitié des gens pour manger et à la merci de n’importe quelle crapule qui souhaite abuser d’elles.

On dit souvent qu’ il est facile de tirer une fille de la rue; cependant, de tirer la rue de la fille ça… c’est une toute autre histoire. Vivre dans la rue c’est un mode de vie (ou de survie?), une façon d’être, de penser, d’interagir avec les autres. Arrêter de vivre dans la rue,  c’est comme arrêter de consommer une drogue; ça ne se fait pas du jour au lendemain et, bien souvent, il y a des rechutes. Au Projet Thalitta, violence, vol, dépression, manipulation, fugue, drogues et alcool font partie des défis que les travailleurs sociaux et éducateurs rencontrent quotidiennement et particulièrement avec celles qui viennent d’arriver. De fait, la structure même du projet ressemble beaucoup à celle d’une maison de désintoxication. Au menu, une rééducation complète de l’enfant par la prise graduelle de responsabilités. Ainsi, chaque jour, la préparation des repas et le nettoyage de la maison est prise en charge par les filles. Pour celles qui ne vont pas à l’école le matin, il y a une séance d’artisanat obligatoire (broderie, crochet, bracelet, porte-clé, etc.), ce qui permet à chacune de tirer un petit salaire chaque mois et de mettre en valeur l’idée même de travailler. Pour le reste, psychologue, assistant et travailleur social, éducateur, médecin et avocat sont mis à la disposition des 3 maisons si besoin est.

Et moi dans tout ça, j’ai tenté avec maladresse de jouer le rôle de l’amie, la mère, la soeur, la confidente qu’elles n’ont jamais eu… sans trop savoir comment faire, je les ai écoutées, fait rire et pleurer, je leur ai raconté des histoires, j’ai parlé du monde, de la vie, de magie, du bonheur. Et même après avoir tant donné, je reste celle qui a le plus reçu, le plus appris dans tout ça…


Je suis allée au Brésil avec l’intention de changer le monde, et finalement c’est le monde qui m’a changée.


[1] Selon un reportage du téléjournal national brésilien Globo.
[2] Traduction libre en français : «Non, désolée.»

 


La rue : une drogue

 

 

L’aventure: os rostos da pobreza

July 17, 2010 | Karine, stagiaire, Brésil, Parcours solidaires, Mouvement des sans terre

Boa tarde Ottawa!

Déjà 2/3 de mon voyage de passé et il me semble que je posais pour la première fois les pieds au Brésil hier. Vous savez, en Sciences sociales on parle souvent du Brésil de manière très positive. Membre du fameux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), le Brésil, pays dit « émergent », s’inscrit comme l’un des pays avec le taux d’accroissement annuel du Produit Intérieur Brut (PIB) les plus élevés. Selon la banque d’investissement Goldmann Sachs, les pays du BRIC d’ici à une quarantaine d’années pourraient surplomber les plus grandes économies actuelles du G6. Résultats de l’application des politiques néolibérales ou non, la littérature actuelle ne cesse de vanter la réussite de l’économie brésilienne.

Pourtant, après déjà 2 mois d’intrusion au cœur de l’univers brésilien, je serais loin de dire que celui-ci est sur le point de dominer les plus grandes économies du monde. Bien sûr, si on tient compte uniquement du PIB, il est vrai que de plus en plus de personnes sont de plus en plus riches au Brésil, mais cela ne révèle rien sur la répartition de cette richesse. Encore là, selon moi, l’argent n’est pas le seul indicateur de pauvreté, l’homme contemporain a toujours eu cette mauvaise tendance à placer la richesse matérielle au-dessus de tout autre facteur pour quantifier le bien-être ou plutôt ce qu’on nomme « développement ».

Au Brésil, la richesse est concentrée dans les mains d’une minorité qui se retrouve surtout dans les plus grandes villes comme São Paulo, Rio de Janeiro, Porto Alegre (pour ne nommer que ceux-là). Pour le reste, la population vit dans des conditions que j’ose qualifier de pauvreté. En effet, pour moi, vivre dans la pauvreté ne signifie pas vivre avec un nombre précis de dollar par jour comme l’ONU définie elle-même la pauvreté absolue et relative. À mon avis, la pauvreté ne se caractérise pas seulement par un manque de richesse matérielle, mais peut aussi s’exprimer à travers un mode de vie qui menace le bien-être des individus, des populations dans leur ensemble. Ainsi, tant et aussi longtemps que les menaces suivantes énumérées ici-bas (liste non exaustive) feront partie du quotidien de la majorité des brésiliens, le Brésil, peu importe le niveau de croissance de son économie, ne pourra malheureusement jamais, selon moi, concurrencer avec les pays dits riches, car ces menaces empêchent l’épanouissement, le « réel développement » des hommes et par le fait même des populations entières.

De fait, dans les lignes qui suivront j’exposerai, par des exemples tirés de mon expérience au sein de Mumbuca, un campement du Mouvement des Sans Terre (MST) où j’ai passé le dernier mois, que la pauvreté comporte plus d’une facette :

Vulnérabilité et exclusion

La première semaine au sein du campement de Mumbuca a été marqué par une pluie forte et incessante dépassant largement les températures normales de la saison d’hiver. Il pleuvait tellement qu’après trois jours de pluie ils nous étaient impossible de se rendre à Murici (la ville la plus proche du campement) étant donné que les routes toutes embouées étaient impraticables en voiture, en cheval, en moto. Laissant comme seule option la marche et encore là, le trajet qui dure normalement 1h30 à pied prenait deux fois plus de temps avec toute cette boue. Cette isolation complète du monde extérieur n’eut pas l’air de déranger réellement les gens du campement jusqu’à temps que ligne téléphonique et électricité finissent par complètement cesser de fonctionner le samedi. Le jour suivant, certains se dirigèrent vers Murici pour s’informer de ce qui occasionnait cette absence d’électricité qui tardait à revenir. À leur arrivée à Murici ce ne fût pas une ville, mais des débris, des restes de ce qu’était une ville qu’ils aperçurent. Durant la semaine, il avait tellement plu que le barrage hydroélectrique à proximité de la ville à céder sous le poids de l’eau engloutissant tout sur son passage. On aurait dit un film d’horreur, les états d’Alagoas, de Bahia et de Paraíba ont tous été affecté par des innondations du même genre. En Alagoas, Murici a été la ville la plus affectée, les journaux rapportent que plus de 65% des habitants de la ville, riche ou pauvre, sont maintenant sans abri. Il y a eu des morts, des blessés, et il y a encore des disparus… et alors que j’aidais Madalena, la professeure qui est aussi infirmière de profession, à distribuer couvertures, vêtements et médicaments à la population, nous avons vu un hélicoptère passé au loin dans le ciel…

Corruption, apathie et répartition inégale des richesses

Le soir même nous apprenions que l’hélicoptère appartenait au président Lula et que celui-ci venait d’annoncer que 5 millions seraient débouchés des coffres du gouvernement pour venir en aide aux familles décimées par les innondations. Or, cela fait maintenant bientôt 3 semaines de cela, l’argent a été envoyé par le gouvernement fédéral et pourtant sur le terrain rien n’a changé. Des familles entières vivent encore dans la gare d’autobus de Murici attendant cette fameuse aide annoncée, d’autres se sont réfugiés chez des proches dans la ville qui ont été épargné par les innondations. La Commission Pastoral de la Terre (CPT) de Murici, par exemple, a prêté sa maison à une famille qui avait tout perdue. Ils sont 34 à se partager cette maison de 4 pièces (oncle, cousin, soeur, grand-mère se partagent le tout). Trois semaines et les gens ont tôt fait d’oublier les 5 millions, ici tout le monde sait que les élections arrivent dans 3 mois au Brésil et que les politiciens vont avoir besoin de fonds pour faire la campagne. C’est comme ça ici, on ne s’attend à rien de moins de la part des politiciens.

Madalena, par exemple, n’a pas reçu son salaire d’enseignante depuis 8 mois, il s’est perdu quelque part entre le gouvernement provincial et l’Institution National de la Colonisation et de la Réforme Agraire (INCRA). Cette dernière est une sous-branche du Ministère du Développement rural chargée d’assurer la réforme agraire au Brésil en assurant les discussions avec les Sans Terre et la distribution des terres, des fonds et des vivres pour eux. Malheureusement, Madalena n’est pas la seule dans cette. Le Mouvement de Libération des Sans Terre (MLST) occupent même présentement les bureaux de l’INCRA réclamant que ces fonds soient finalement envoyés comme promis aux multiples campements des Sans Terre.

Il y a 2 semaines, lors de la dernière assemblée du campement, après une plénière bien animée, les habitants de Mumbuca ont décidés à l’unanimité de ne pas aller occuper l’INCRA au côté du MLST. Selon eux, c’est une perte de temps, les politiciens sont tous les mêmes, occupation ou pas, c’est eux qui en bout de ligne décident qui ont des droits ou pas.

Ignorance, manque d’éducation et désinformation

Au téléjournal, on annonce que les 5 millions sont arrivés à bon port, que l’armée nationale fournis à qui le demande des vivres et des médicaments. Sur place, à Murici, la ville la plus affectée par l’innondation, on n’entrevoit pas encore l’ombre d’un seul militaire. Peut-être sont-ils d’abord à Branquinha ou à Floresta ou peut-être simplement que cette aide est une fiction de plus présentée par le téléjournal national. Puis, après ce 2 minutes de bonne nouvelle, on passe un 30 minutes sur l’affaire du gardien de but Bruno qui aurait assassiné son ancienne copine. Et finalement, le téléjournal se termine sur les nouvelles de la Coupe du Monde, le Brésil a peut-être perdu cette année, mais gagnera avec certitude en 2014, toutes les critiques de sport brésilien le disent. Fin du journal. Y a t’il une 3ième Guerre mondiale qui se prépare en ce moment? Qui sait?

À l’école, 8h30 du matin, après les 2 heures de marche pour se rendre à l’école, l’attention des enfants n’est pas à son maximum, tous n’attendent que la pause de 10h pour pouvoir manger la collation que Madalena a acheté avec le peu d’argent qu’elle gagne la fin de semaine comme infirmière. Dans cette salle où des enfants de 4 à 18 ans dont seulement quelques-uns peuvent écrire et lire, enseigner l’anglais me paraît des plus absurde. Je décide de leur enseigner un peu de géographie… un peu plus utile peut-être et encore…

Insécurité constante et apathie

Je l’admets, ce n’est pas un tableau très reluisant que je vous peins aujourd’hui du Brésil, mais il représente la réalité que j’ai rencontrée ici et tant que les personnes auront peur de se rendre seule à la banque la fin de semaine parce que le taux d’agression ne cesse d’augmenter, tant qu’une personne sur deux n’est pas assurée de conserver son emploi demain, tant que la population continuera de faire autant confiance au gouvernement et au système de justice qu’à un vendeur d’autos d’occasion, le Brésil ne pourra être la puissance mondiale de demain. Falta a verdadeira riqueza : o amor de seu país.

L’éveil : a Feira camponesa

June 14, 2010 | Karine, stagiaire, Brésil, Parcours solidaires, Mouvement des sans terre

Bom dia Ottawa,

Je me présente, Karine Hébert, étudiante de 3e année en Droit civil et Développement international à l’Université d’Ottawa.

J’achève bientôt mon premier mois au Brésil qui s’inscrit dans le cadre du cours DVM4010 - Stage international en développement international offert par la Faculté des Sciences sociales de l’Université d’Ottawa.

Ce premier mois a été pour moi des plus agités. Plus on voyage et plus on se rend compte que peu importe le temps que l’on passe à préparer son voyage, il y a toujours, et il y aura toujours des imprévus.

Bien entendu, ce fut mon cas, car dès mon arrivée au Brésil j’apprenais que mon intégration au sein de l’une des communautés des sans-terres serait quelque peu retardée dû à de petits problèmes légaux (le campement dans lequel j’étais supposé m’installer pour le premier mois c’est gentiment fait exproprier par l’armée quelques jours avant mon arrivée). Ainsi, alors que mon plan d’origine était pour les trois mois de vivre :

  1. Un mois dans un campement (en português acampamentos - terres occupées en processus d’être légalisées, comporte des structures de base, sans électricité, très rustique);
  2. Un mois dans un village établit (en português assentamentos - terres légalisées suite à l’occupation des sans-terre, comporte des structures de base et parfois l’électricité)
  3. Un mois dans l’une des maisons du Projet Thalitta (Maison de réinsertion des filles de la rue.)

Il s’est depuis quelque peu transformé et j’ai donc consacré mon premier mois à travailler conjointement avec la Commission Pastorale de la Terre (CPT) de l’État d’Alagoas dont les bureauxprincipaux se situent en plein cœur de la capitale, Maceió. L’État d’Alagoas s’inscrit dans la liste des états du Nordeste (nord-est du Brésil). Bien que le Nordeste est la région la plus pauvre (et plus chaude) du Brésil, celle-ci possède une richesse culturelle immense; des chants, des danses, un portugais, et des fêtes et célébrations bien à eux et bien distincts des autres régions du Brésil.

Le plus gros de mon temps a donc été à l’organisation de la 12e édition de la Feira Camponesa (Foire Paysanne) pour promouvoir la réforme agraire et amasser des fonds servant à la lutte pour les droits des paysans sans-terre. (L’ensemble des photos de ce blogue a été pris à la foire.)

Gilberto, Karine et Heloisa

Gilberto, Karine et Heloisa

Il s’avère donc que ce mois-ci a été pour moi des plus intéressants étant donné que j’ai pu me familiariser avec les rouages de la lutte paysanne au Brésil. En effet, j’ai eu la chance de travailler de plus près avec Heloisa et Gilberto, des personnes extraordinaires, la première avocate et l’autre agronome de formation mais surtout activistes à temps plein. Plus précisément, j’ai, dans les premières semaines, suivi et assisté Heloisa (l’avocate) un peu partout où je voyais que je pouvais me rendre utile. Le reste du temps, j’ai surtout participé à la création d’outils de promotion de la foire (dépliants, affiches, chandails, tabliers, banderoles, etc.) Puis, la semaine avant la foire avec plusieurs bénévoles nous avons commencé à distribuer les dépliants un peu partout dans la ville (au marché public, à l’université, au centre-ville, etc.) ce qui m’a valu les plus importants coups de soleil jamais connut dans l’histoire de ma courte existence. (Pour ceux qui me connaissent, ceci n’a rien de surprenant vu la couleur plus que blanche de ma peau.)

Fort heureusement, tout ce travail et ces brûlures furent généreusement récompensés par le succès, pour la CPT, de la foire paysanne qui s’est déroulée du 9 au 11 juin dernier. En plus de fracasser des records de vente de produits agro-alimentaires (certains producteurs après deux jours avaient déjà écoulé tout leur stock), la CPT a réussi à signer une entente avec le ministre de l’agriculture de la province d’Alagoas pour que la Feira camponesa reçoive dorénavant un appuifinancier et politique garanti pour les années à venir. (Les promesses pleuvent présentement alors que les élections approchent.)

à la table des officiels, de gauche à droite, le président du Mouvement des Sans-Terre (MST) de l'État d'Alagoas, le coordonnateur régional du Mouvement de Libération des Sans-Terre (MLST), le coordonnateur de la CPT d'Alagoas et à droite complètement le secrétaire du Ministre de l'Agriculture d'Alagoas

à la table des officiels, de gauche à droite, le président du Mouvement des Sans-Terre (MST) de l'État d'Alagoas, le coordonnateur régional du Mouvement de Libération des Sans-Terre (MLST), le coordonnateur de la CPT d'Alagoas et à droite complètement le secrétaire du Ministre de l'Agriculture d'Alagoas

Le MST, le MLST, et la CPT sont tous ligas camponesas (ligues paysannes) différentes qui luttent à leur manière pour la défense des droits et libertés des paysans. Bien entendu, certaines ligues sont plus radicales que d’autres. Les trois ci-haut visent toutes l’instauration de la réforme agraire au Brésil, c’est-à-dire une redistribution plus juste et équitable des terres (souvent en sciences sociales, on explique que la réforme agraire est à l’origine du succès du développement rapide des Tigres Asiatiques comme la Corée du Sud et Taiwan). Toutefois, les moyens utilisés par chaque ligue varient. Le MLST, né des mouvements travaillistes (communistes) du début du siècle dernier est le plus radical des trois, souvent associé (parfois à tord) à des actes de violence. Il vise non seulement la réforme agraire, mais aussi l’instauration d’un régime socialiste au Brésil. La CPT quant à elle tire ses origines dans les mouvements catholiques gauchistes des années 60-70 et est née en réaction à l’oppression violente que le peuple et surtout les paysans brésiliens ont subie durant le régime militaire (1964-1985). Comme vous vous en douterez, même si aujourd’hui plus aucun religieux ne fait partie de l’exécutif de la CPT, elle demeure tout de même beaucoup moins radicale que les deux autres et prône la non-violence.

Il reste tout de même que selon moi, ces trois mouvements qualifiés en sciences sociales de grassroots (parce qu’ils émergent du peuple pour le peuple) sont fondamentalement radicaux. En effet, les moyens pour lutter des ligas camponesas sont essentiellement tous les mêmes:une poignée de sans-terre (personnes s’étant fait expropriés par le passé) s’installent sur un terrain laissé abandonné (qui appartient à un grand propriétaire terrien), l’occupe, le cultive, y construisent des écoles, des maisons, et après quelques années d’existence, le campement (acampamento) tente d’entrer en négociation avec le gouvernement pour que celui-ci achète le terrain aux grands propriétaires et reconnaisse le campement comme un lieu légalement établi ( assentamento). Remarquez que dans tous les cas, les grands propriétaires terriens sortent gagnants de ce processus.