Être privilégiée
10 août 2011 | Marie-Michèle, DVM, Pérou - UNITERRAAu cours de mon séjour à Tarapoto, j’ai eu la chance de côtoyer toutes sortes de personnes exceptionnelles, qui chacune à leur manière m’ont dévoilé un peu plus sur la réalité péruvienne. De conversation en conversation, de confidences en confidences, d’observations en observations, j’ai réalisée à quel point je j’étais une personne, une femme privilégiée.
Je suis une femme privilégiée parce que d’où je viens, la santé reproductive et les méthodes de contraceptions sont quelques choses de facilement accessible, mais surtout d’ouvertement promues socialement. D’où je viens, l’avortement est légal, une jeune fille qui tombe enceinte par accident à le choix de garder ou non l’enfant. Elle peut décider si oui ou non elle est prête à être mère. Elle peut évaluer sa situation, son statut, (études, travail, émotionnel), ces valeurs et prendre une décision, sans qu’une loi lui impose la maternité ou mette sa vie en péril parce qu’elle tente une manœuvre illicite dans des conditions douteuses.
Je suis une femme privilégiée parce que même s’il reste du travail à faire au Canada au niveau de la condition féminine, les luttes de ma mère et mes grands-mères ont portées fruits et de moins en moins de femmes élèvent des machos. Je suis une femme privilégiée parce que j’ai épousée un homme avec lequel je n’ai pas besoin de me battre pour qu’il participe aux tâches ménagères, à qui je n’ai pas besoin de servir son repas avant de sortir avec mes amies parce qu’ainsi aurait-il été élevé, habituer à ne jamais lever le petit doigt dans une maison, même si sa femme a un emploi qui lui prends plus d’heures dans sa journée que que lui.
Je suis une femme privilégiées parce que j’ai eu le luxe, non pas de me marier avec un homme seulement parce qu’il garantira à mes enfants et moi un certain niveau de vie, mais d’abord parce que j’étais follement amoureuse de lui. Non pas que c’est la norme ici, j’ai rencontré des femmes très indépendantes et des couples très amoureux, mais c’est également un fait que l’insécurité au niveau de l’emploi et une culture qui favorise une certaine dépendance de la femme face à l’homme encouragent les mariages par intérêts.
Je suis une personne privilégiée parce que les normes du travail de mon pays garantissent pour une majorité de travailleurs la règle du « deux semaines » en cas de licenciement et selon certains critères, donne droit à du chômage à ceux allant travailler la période de temps requise, même si l’emploi était précaire. Je suis privilégiée parce qu’en raison de la culture institutionnelle canadienne, je doute qu’un jour j’arrive au boulot et que le gardien à l’entrée est une liste de nom et refuse l’entrée aux employés y figurant parce qu’en fait, s’ils y apparaissent c’est qu’ils ont été mis à pied, sans avertissement, sans remerciement, comme des bandits.
Je suis une personne privilégiée parce que je viens d’un pays où il est possible d’étudier dans un programme de développement internationale, un domaine d’études plutôt obscure pour la grande majorité des gens que j’ai croisé ici, très peu connu à part pour les individus dans le domaine de la coopération internationale, des ONG et/ou en contact avec des étrangers.
Je suis privilégiée parce que même si je n’avais pas toute la liquidité nécessaire pour payer mes études, mon gouvernement à mis sur pied un programme de prêts et bourses auquel j’ai eu accès pour m’aider à assumer les frais. Je suis privilégiée parce que j’ai aussi participé à un programme coop grâce auquel j’ai fait des stages, pas toujours des plus palpitants, mais rémunérés, qui m’ont permis de limiter mon niveau d’endettement. Je n’ai pas eu à travailler six mois gratuitement dans une entreprise dans l’espoir qu’elle m’engage une fois mes études terminées, parce que les bons emplois sont tellement rares de toute façon, pour ensuite me faire offrir le salaire minimum. Je suis privilégiée parce que je n’ai eu pas eu à arrêter mes études parce que c’était soit manger, soit payer mes frais de scolarité.
Je suis privilégiée parce que j’ai eu la chance de faire ce stage à Tarapoto, cette ville de la jungle dont j’ignorais l’existence avant d’être choisi pour venir y travailler. Je suis privilégiée parce que j’aurais la chance de voyager trois semaines après, choses qu’un péruvien ou une péruvienne ayant un niveau de vie relativement similaire au mien ne pourrait pas s’offrir au Canada, valeur du dollar oblige. Je suis privilégiée parce que pour ces mêmes raisons, il sera beaucoup plus facile pour moi de revenir rendre visite un jour aux amies que je me suis fait ici que pour eux de venir découvrir mon pays.
















