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Être privilégiée

August 10, 2011 | Marie-Michèle Desjardins

Au cours de mon séjour à Tarapoto, j’ai eu la chance de côtoyer toutes sortes de personnes exceptionnelles, qui chacune à leur manière m’ont dévoilé un peu plus sur la réalité péruvienne. De conversation en conversation, de confidences en confidences, d’observations en observations, j’ai réalisée à quel point je j’étais une personne, une femme privilégiée.

Je suis une femme privilégiée parce que d’où je viens, la santé reproductive et les méthodes de contraceptions sont quelques choses de facilement accessible, mais surtout d’ouvertement promues socialement. D’où je viens, l’avortement est légal, une jeune fille qui tombe enceinte par accident à le choix de garder ou non l’enfant. Elle peut décider si oui ou non elle est prête à être mère. Elle peut évaluer sa situation, son statut, (études, travail, émotionnel), ces valeurs et prendre une décision, sans qu’une loi lui impose la maternité ou mette sa vie en péril parce qu’elle tente une manœuvre illicite dans des conditions douteuses.

Je suis une femme privilégiée parce que même s’il reste du travail à faire au Canada au niveau de la condition féminine, les luttes de ma mère et mes grands-mères ont portées fruits et de moins en moins de femmes élèvent des machos. Je suis une femme privilégiée parce que j’ai épousée un homme avec lequel je n’ai pas besoin de me battre pour qu’il participe aux tâches ménagères, à qui je n’ai pas besoin de servir son repas avant de sortir avec mes amies parce qu’ainsi aurait-il été élevé, habituer à ne jamais lever le petit doigt dans une maison, même si sa femme a un emploi qui lui prends plus d’heures dans sa journée que que lui.

Je suis une femme privilégiées parce que j’ai eu le luxe, non pas de me marier avec un homme seulement parce qu’il garantira à mes enfants et moi un certain niveau de vie, mais d’abord parce que j’étais follement amoureuse de lui. Non pas que c’est la norme ici, j’ai rencontré des femmes très indépendantes et des couples très amoureux, mais c’est également un fait que l’insécurité au niveau de l’emploi et une culture qui favorise une certaine dépendance de la femme face à l’homme encouragent les mariages par intérêts.

Je suis une personne privilégiée parce que les normes du travail de mon pays garantissent pour une majorité de travailleurs la règle du « deux semaines » en cas de licenciement et selon certains critères, donne droit à du chômage à ceux allant travailler la période de temps requise, même si l’emploi était précaire. Je suis privilégiée parce qu’en raison de la culture institutionnelle canadienne, je doute qu’un jour j’arrive au boulot et que le gardien à l’entrée est une liste de nom et refuse l’entrée aux employés y figurant parce qu’en fait, s’ils y apparaissent c’est qu’ils ont été mis à pied, sans avertissement, sans remerciement, comme des bandits.

Je suis une personne privilégiée parce que je viens d’un pays où il est possible d’étudier dans un programme de développement internationale, un domaine d’études plutôt obscure pour la grande majorité des gens que j’ai croisé ici, très peu connu à part pour les individus dans le domaine de la coopération internationale, des ONG et/ou en contact avec des étrangers.

Je suis privilégiée parce que même si je n’avais pas toute la liquidité nécessaire pour payer mes études, mon gouvernement à mis sur pied un programme de prêts et bourses auquel j’ai eu accès pour m’aider à assumer les frais. Je suis privilégiée parce que j’ai aussi participé à un programme coop grâce auquel j’ai fait des stages, pas toujours des plus palpitants, mais rémunérés, qui m’ont permis de limiter mon niveau d’endettement. Je n’ai pas eu à travailler six mois gratuitement dans une entreprise dans l’espoir qu’elle m’engage une fois mes études terminées, parce que les bons emplois sont tellement rares de toute façon, pour ensuite me faire offrir le salaire minimum. Je suis privilégiée parce que je n’ai eu pas eu à arrêter mes études parce que c’était soit manger, soit payer mes frais de scolarité.

Je suis privilégiée parce que j’ai eu la chance de faire ce stage à Tarapoto, cette ville de la jungle dont j’ignorais l’existence avant d’être choisi pour venir y travailler. Je suis privilégiée parce que j’aurais la chance de voyager trois semaines après, choses qu’un péruvien ou une péruvienne ayant un niveau de vie relativement similaire au mien ne pourrait pas s’offrir au Canada, valeur du dollar oblige. Je suis privilégiée parce que pour ces mêmes raisons, il sera beaucoup plus facile pour moi de revenir rendre visite un jour aux amies que je me suis fait ici que pour eux de venir découvrir mon pays.

Bolivie politique - Bolivie économie, mes impressions.

August 24, 2010 | Sarah, stagiaire, Bolivie, Casa de la Mujer

La Bolivie me semble avoir été un pays très fragile au niveau politique. Cependant au cours des cinq dernières années, la situation s’est stabilisée. Les gens sont à mon avis, très politisés: leurs sujets de discussion portent généralement sur le gouvernement en place et ses actions, ou encore sur ce que devrait être un bon gouvernement, finalement, ils me paraissent très critiques. De plus, les mouvements sociaux et syndicaux prennent une grande importance dans la vie des Boliviens. Que ce soit pour dénoncer la pauvreté, une injustice ou un licenciement, ils se mobilisent, descendent rapidement dans la rue, font la grève ou des barrages, s’impliquent entièrement. Cela est assez impressionnant à observer d’autant plus que cela peut se produire de façon inattendue.

J’ai été fort impressionnée d’apprendre que la Bolivie a un mode électif semblable à celui des États-Unis. Malgré l’antipathie qu’il suscite chez certains groupes, le président Evo Morales, de souche autochtone, a donné raison à ses électeurs. En effet, il semble s’impliquer beaucoup pour aider son peuple, créant ainsi un engouement sans précédent. On retrouve ce genre de situation dans plusieurs pays, même au Canada. Parlant d’Evo Morales, j’ai trouvé étrange de me faire poser des questions sur lui en arrivant dans le pays, je me suis sentie mal à l’aise de répondre à ce moment-là: ce n’est pas dans mes habitudes de parler politique ou de critiquer le président d’un pays hôte.

En ce qui concerne l’économie, la Bolivie possède des richesses naturelles incroyables il me semble, mais quand même un pays exploité par les autres. Les riches propriétaires sont rarement des Boliviens, d’après ce que j’ai observé. En effet, les mines ont eu une grande importance dans l’histoire économique du pays. Les années avant 1980 ont été très bonnes pour la production minière jusqu’à ce qu’il y ait la chute de production de l’étain et du plomb. Cela a engendré une grave crise sociale et une paupérisation de la population s’est installée. Les villes pauvres sont de plus en plus nombreuses. Le cas de Cochabamba n’a pas été avantagé par la guerre de l’eau qui a fait perdre des emplois à plusieurs personnes qui travaillaient justement avec l’eau comme base de travail.

Statistiquement parlant, la Bolivie est l’un des pays les plus pauvres de l’Amérique du Sud. Malgré que je n’aie pas visité tout le pays, j’ai pu remarquer qu’une grande partie de la population vit en dehors du système monétaire et il y a une prolifération du commerce informel où finalement le pays est capable de vivre pour combler sa faim. L’avenir économique de la Bolivie pourrait connaître une prospérité soudaine avec l’exportation du gaz naturel et avec le tourisme, dont le potentiel ne me semble pas encore exploité, surtout à Cochabamba, selon des ouï-dire bien sûr! Le faible coût de la vie et sa stabilité politique (comparés à d’autres pays) devraient attirer de plus en plus de touristes. Je me suis laissé dire que la raison pour laquelle il y a beaucoup de chauffeurs de taxi serait due au manque d’emplois…Il est aussi dommage de constater que beaucoup de choses sont importées du Brésil alors qu’on pourrait donner la chance aux Boliviens de produire ce dont ils ont besoin.
Autre fait, je me demande pourquoi il y a autant d’échange d’argent dans les rues de Cochabamba, j’imagine mal ce genre de trafic dans les rues au Canada… Le dollar américain semble être la monnaie d’échange la plus commune.

Face à la réalité…

July 15, 2010 | Sarah, stagiaire, Bolivie, Casa de la Mujer

Cela fait déjà quelques semaines que j‘ai commencé à travailler avec Infante. J’ai travaillé sur plusieurs projets dont un, à la maison des adolescentes. C’est un endroit où l’on accueille des adolescentes qui se sont faites violées, et la plupart du temps par des membres de la famille. Je pensais que ces jeunes adolescentes se trouvaient entre 15 et 18 ans, mais cela m’a fait mal au cœur de voir qu’elles avaient plutôt entre 11 et 16 ans. Une moyenne d’âge d’environs 13 ans, 1 jeune fille sur 3 arrive à la maison enceinte. Elles ont toutes vécus ou vivent toutes des histoires plus horribles les unes que les autres… Mais la réalité est encore plus difficile, la Bolivie manque de moyen et des personnes qualifiées pour aider ces jeunes filles. Et qui sait le nombre réel de cas d’abus sexuel dans le pays, ou simplement dans la région de Cochabamba ? Les adolescentes de la maison ne représentent probablement qu’une minorité des cas qui ont été dénoncés. Les quelques volontaires apportent énormément d’aide à l’organisme, mais une fois partis, personne ne sait si leurs produits lors de leur séjour se poursuivront.

 

La plupart des adolescentes ne vont pas à l’école et elles ont un grand retard scolaire. Heureusement, à la maison des adolescentes, on les implique grandement dans diverses tâches où elles doivent utiliser un peu de mathématique et de logique. Par exemple, à tous les jours, les jeunes filles doivent faire du pain et le vendre. Se sont-elles qui doivent calculer les portions et les profits. Elles doivent aussi aider à faire à manger et calculer aussi les portions pour servir tout le monde. Je sais que ce n’est pas l’école mais au moins elles apprennent à se débrouiller dans la vie de tous les jours. Une fois parties de la maison, vont-elles aller à l’école ? Malheureusement, je ne crois pas. Devrons-nous faire quelque chose ? Si oui, quoi ? Ces jeunes filles ont connu des histoires qui les perturberont à vie et il n’y a pas de financement pour les aider. Elles manquent tout simplement d’une affection énorme. Elles ont besoin de quelqu’un, d’une mère qui les supporte, qui les aime et qui leur démontre de l’affection. La plus petite a officiellement 11 ans, mais sans doute qu’elle en a moins en réalité (il y a souvent des erreurs sur les certificats de naissance). Je la regardais, elle était toute mignonne et je me disais “elle a besoin d’une mère pour l’aider et s’occuper d’elle”, mais sa mère est morte et à la place on lui a fait le pire, l’agresser sexuellement. Même si la maison est une bonne chose, elle est quand même livrée à elle-même.


Travailler à la maison des adolescentes m’a fait beaucoup réfléchir sur la vie
des enfants à Cochabamba. Je suis vraiment étonnée de voir à quel point ils sont en retard sur notre monde dit civilisé. Vont-ils vraiment à l’école? Pourquoi travaillent-ils dans la rue durant le jour et tard le soir? Pourquoi a-t-on l’impression qu’ils sont laissés à eux-mêmes? Les oblige-t-on à mener ce genre de vie? Que font les jeunes enfants à journée longue à suivre leur mère qui travaille? En somme, où se situe le bien de l’enfant dans tout cela? Je me demande alors, si l’état ne devait pas prendre une plus grande responsabilité en ce domaine. Pourtant, on peut observer un rapport mère - jeune enfant unique : l’enfant reste collé à son corps jusqu’à ce qu’il marche.  Mais, il me semble qu’à un certain âge, ils sont vraiment laissés à eux-mêmes: on observe que, vers deux ans, pour certains parents, c’est comme s’ils étaient prêts pour affronter la vie.

Premières impressions de la Bolivie

June 22, 2010 | Sarah, stagiaire, Bolivie, Casa de la Mujer

J’ai eu ma première impression de la Bolivie en descendant de l’avion à La Paz. Ce qui m’a le plus frappée à mon arrivée est le ‘sorojche’ dû aux difficultés de m’adapter à la raréfaction de l’oxygène, conséquence directe de l’altitude. La fatigue du voyage étant accentuée par ce malaise, s’est vue ajouter mal de tête, vertige, un grand inconfort, quoi! Une sensation que je n’avais jamais ressentie, pourtant, je m’y étais préparée. Cependant, en descendant vers Cochabamba (ville moins élevée), j’ai pu recouvrer un semblant de normalité, le tout s’est estompé.

 

Ensuite, ce qui m’a frappée, c’est la physionomie (les traits du visage) des personnes. Je m’attendais à ne voir que des autochtones. Quelle ne fut pas ma surprise à l’aéroport, de voir différents types de visages. Je croyais être simplement en présence d’autres touristes. Mais, ce n’était pas le cas et j’ai eu la confirmation en arrivant à Cochabamba plus tard. Il n’y avait pas que des cheveux noirs, des teints hâlés, de grandes tresses et des personnes de plus petite taille…des gens qui nous ressemblent.

 

J’ai déjà voyagé en Roumanie, alors lorsque je suis arrivée à Cochabamba, ma première impression a été de vivre un déjà-vu… Cochabamba ressemble beaucoup à la région de Sibiu et de Brad dans le Caucase avec ses montagnes. La beauté du paysage est frappante. Je trouve aussi que les maisons sont construites dans le même style et avec les mêmes matériaux…bizarre!, probablement le style européen qui est encore vivant ici. La température est idéale parce que toujours égale, très chaud le jour plutôt frais la nuit. Ce qui me surprend aussi à ce moment-là, c’est la sécheresse des lieux, même les fourmis sont de la partie! Mon nez s’en ressent de cette sécheresse!

 

La politesse des gens m’a beaucoup impressionnée. Spécialement quand on veut remercier les gens d’avoir aidé, c’est comme s’ils nous remerciaient à leur tour de nous avoir aidés.  En exemple, j’adore la façon dont ils nous retournent le merci avec ‘de qué’ et avec un magnifique sourire. Il y a aussi cette autre formule de politesse qu’ils ont su garder de demander la permission pour se retirer de table, d’une conversation ou d’un autre lieu. Ceci avec le ‘permiso’. N’ayant pas parlé l’espagnol depuis un bon moment, j’ai été reconnaissante que les cochabambinos m’aident et me corrigent. Par contre, de mon côté, j’avais peur de commettre un impair, notre culture étant très différente de la leur, surtout au niveau des règles de la politesse. Je voulais surtout éviter de me comporter en Nord-Américaine.

 

Autre impression, le niveau de sécurité m’a confortée. Je me suis rapidement rendu compte que je pouvais me balader dans la partie nord et le centre de la ville facilement, avec constamment un souci de prudence (comme dans toutes les villes du monde). À ce moment-là, je me suis sentie déséquilibrée psychologiquement. Mes attentes étaient chamboulées. J’avais donc à me repositionner : je n’avais pas à craindre tous les policiers que je rencontrais. 

 

L’impression de départ à savoir que le paysage est splendide, s’est atténuée, de un lorsque j’ai vu la saleté de la rivière et tous les graffiti sur les murs des édifices et les clôtures des maisons. Je trouve que cela enlève beaucoup de cachet à la ville et à l’architecture. Notre regard est attiré par ceux-ci plutôt que par l’architecture elle-même.

 

Autre chose, à mon arrivée je n’avais pas dormi depuis plus de 36 heures et on a choisi ce moment pour m’expliquer le processus, ô combien surprenant de l’usage du papier de toilette… Pour une Nord-Américaine, excréments et papiers souillés partent ensemble dans le trou de la cuvette. Ici, on doit mettre le papier de toilette dans une poubelle située à côté de la toilette.

« Rojo, amarillo y verde/es el tono de mi voz! »

June 5, 2010 | Padraic, stagiaire, Paraguay, Escuela Agrícola San Francisco de Asís

Mes camarades et moi venons de passer trois semaines inoubliables et riches en apprentissage à Cochabamba, en Bolivie. Chers lecteurs, laissez-moi partagez cette expérience avec vous.

Au cours de ces trois semaines, nous avons vécu chacun séparément avec des familles d’accueil qui nous ont initiés à leur façon à la culture bolivienne. Nous avons également participé à plusieurs activités culturelles pour nous familiariser notamment avec les rites, les danses et les alcools du pays. Du point de vue académique, nous avons suivi des cours avec des professeurs de l’Universidad Mayor de San Simón sur les enjeux sociaux, économiques et politiques qui touchent la Bolivie aujourd’hui, cours qui ont été complémentés par des excursions fascinantes dans la zone sud de Cochabamba, dans la région tropicale du Chapare et dans une communauté paysanne nichée loin dans les montagnes.

Tout l’intérêt (académique) de ce cours de recherche était d’étudier le fameux processus bolivien – ce projet de changement social initié depuis l’arrivée au pouvoir du président Evo Morales, leader du Mouvement vers le Socialisme, le MAS. Cette nouvelle dynamique, qui est dans l’air du temps avec l’effervescence des mouvements progressistes en Amérique latine et la crise du capitalisme mondial, est cependant plus particulièrement intéressante en Bolivie, car on affirme qu’elle y est poussée à 100% par les mouvements sociaux, à un point tel qu’on a parlé du gouvernement d’Evo comme d’un « gouvernement des mouvements sociaux ».

Bien sûr, notre expérience allait nous montrer une image plus nuancée de la chose. Dès notre arrivée en fait, quelle ne fut pas notre surprise de voir les rues emplies par les travailleurs syndiqués, en colère contre la faible hausse de salaire accordée par le gouvernement. Les contradictions entre la rhétorique du gouvernement et la réalité n’allaient pas tarder à se dévoiler à nous, et probablement de la façon la plus cinglante lors de notre exposition aux enjeux miniers qui affectent la Bolivie, cas de figure par excellence de la fameuse malédiction des ressources. Je me pencherai davantage sur ce thème pour mon billet. C’est dans ce secteur en effet que semblent se concentrer le plus les critiques envers le gouvernement. Celui-ci ne semble en effet pas pouvoir, ni même vouloir, se sortir de la dépendance envers les revenus de l’extraction, ce qui pourrait entraîner le pays davantage vers la dépendance envers le marché mondial et même à des catastrophes écologiques qui seraient de nature à couvrir de ridicule le discours du gouvernement sur la protection de l’environnement et le respect envers la Pachamama.

Pardonnez-moi si je passe sous silence ici plusieurs autres aspects de notre expérience, comme notre mémorable voyage dans le tropique du Chapare, mais soyez assuré(e)s que d’autres de mes camarades se chargeront d’en parler. Pour revenir à mon propos sur le secteur minier, je me suis intéressé dans le cadre de ma recherche personnelle sur le cas de l’exploitation du lithium, dont la Bolivie détient 55% des réserves mondiales. Cette ressource est appelée semble-t-il à jouer un rôle important dans la reconversion de l’économie industrielle mondiale vers l’énergie verte, et tous les yeux sont donc tournés vers la Bolivie, qui tente d’élaborer une stratégie qui la mènera sur une voie différente de celle qui par le passé l’a maintenue dans la pauvreté. Le moins que l’on puisse dire, après investigation, c’est que les chaînes de la mondialisation sont toujours aussi puissantes, même en temps de « gouvernement des mouvements sociaux ». La dépendance de la Bolivie pour l’accès à l’information et aux technologies avancées l’a en effet potentiellement mise sur la voie d’un retour en force des multinationales et de la mise en branle de grands projets sans queue ni tête de nature à ébranler le lien entre le gouvernement et les mouvements sociaux, et à épuiser ces derniers de toute leur substance! Rien n’est joué cependant, et c’est pourquoi les mobilisations syndicales sont si importantes. Les mouvements sociaux commencent à se rendre compte qu’un gouvernement reste un gouvernement, et que seule leur mobilisation continue peut promettre d’arrimer à leurs aspirations les activités économiques du pays. Plus que toute autre chose, c’est donc un enseignement de citoyenneté que nous avons vécu en Bolivie. Il s’agit maintenant pour nous de retourner au Canada, où opèrent des logiques similaires liées à l’extraction de ressources et envers l’économie mondiale, pour insuffler cet esprit bolivien qui marie si bien la connaissance et l’action.

Passez un bel été, et ne manquez pas également les billets de mes camarades. De mon côté, mon expérience se poursuit au Paraguay où j’effectue présentement un stage dans une école d’agriculture. J’espère tous vous retrouver à Ottawa en septembre.

Salutations,

« Patricio »

¹Juan Enrique Jurado, « Rojo, amarillo y verde »

Bolivia Field Research Course - May 2010

May 3, 2010 | Brigette - field research student - Bolivia

April 2nd, 2010, 1:53 a.m.

Dear reader,

I leave for Bolivia in less than 6 hours. Yahoo!

Ma première expérience au campo

June 21, 2009 | Andrée. stagiaire. DESARROLLO RURAL CECI - BOLIVIA

ma nouvelle tuque d'Alpaca

ma nouvelle tuque d'alpaca

 

Il y a deux semaines, j’ai aidé à faire des enquêtes dans le campo (la campagne).  Cette semaine et la semaine dernière, nous avons présenté les résultats de ces enquêtes à La Paz et à Oruro.  Maintenant, nous nous préparons à retourner aux cinq municipalités du campo de Oruro au mois de juillet.  Voici comment ma première expérience au campo s’est passée.
 

Le mot de nos 5 jours en el campo était “polvo”, voulant dire la poussière de la route qui rentrait tout partout.  Je peignais mes cheveux raides de polvo le soir et mon peigne en était plein.  C’était une bonne expérience même si ce n’était pas toujours facile.  J’aime beaucoup les villages que nous avons visités; les gens sont tellement gentils, même si souvent très timides.  Le plus difficile c’est de se rendre aux villages.  Seul le premier village est facile d’accès : trois heures de Oruro sur une route pavée.  Tous les autres sont à 3, 4, ou 5 heures de route sur des routes de terres ou des pistes déjà forgées dans la pampa (la plaine).  Ces villages sont très isolés.

Nous avons passé 2 jours dans deux villages, ensuite nous sommes revenus coucher à Oruro juste assez longtemps pour prendre une douche et dormir.  Ensuite, nous avons passé 3 jours consécutifs dans 3 villages.  Cette fois-ci, nous avons couché à l’hôpital de Corque pour deux nuits… avec un avantage : l’accès à une toilette qui avait de l’eau. Par contre,  ce n’était pas trop propre. 

Je n’ai pu faire des enquêtes, car pour ces gens l’espagnol est leur deuxième langue (l’Aymara étant leur première).  Ils sont donc plus difficiles à comprendre.  Alors, j’ai assumé le rôle de photographe! 
 
J’étais pas mal bien équipée.  Ma trousse de premiers soins a servi à d’autres plus d’une fois.  Le deuxième matin, nous avons eu des problèmes avec la jeep.  Heureusement, nous n’étions pas encore sorties du village (nous allions vers un deuxième village sur une longue route de terre). Nous nous sommes arrêtés voir un mécanicien.  Nos problèmes relevaient du fait qu’à La Paz, les méacaniciens avaient oublié de mettre de l’antigel, alors un tuyau avait gelé.  Le mécanicien a pu le réparer.  Pendant qu’il travaillait, un de ses petits gars tenait son oeil et pleurait.  Ruth et Rosa Maria (deux infirmières de formation) ont pu l’aider en mettant de mes gouttes pour les yeux dans son oeil. Il s’était fait mal la veille, mais son père a dit ne pas l’avoir cru. Ruth a aussi utilisé mes gouttes.
 
Nous avons eu un autre problème mécanique, car le chemin très ‘rough’ a déréglé quelque chose dans le compteur de vitesse qui a commencé à faire plein de bruit. Dans un village où l’on est arrêté (celle de la photo de mon déjeuner), un monsieur a détache le compteur de vitesse, ou quelque chose du genre, et pour le reste du voyage nous n’avions plus de compteur de vitesse… pas que c’est très important ici en Bolivie!  Aussi, la clé tombait constamment du démarreur, mais l’auto continuait à fonctionner quand même! 
 
Maintenant, l’on sait qu’il n’y a pas toujours de l’eau dans les villages, même dans les petits magasins. Ils vendent des boissons gazeuses, mais pas de l’eau.  Mon village préféré était Belen de Andamarca, le plus petit et isolé, mais aussi le mieux organisé. Dans ce cas, c’était le docteur qui était responsable de convoquer les femmes à l’Alcaldia (la mairie).  Il a utilisé l’ambulance du village pour aller chercher les femmes qui vivaient loin (il était le seul à faire cela). À Curahuara ils se sont occupés d’acheter des sandwiches et un breuvage pour les mamans.  À Huayllamarca, la femme responsable est très fiable et elle avait prévu un très bon repas pour les mamans : riz, patate, chuños, carrotes et du mouton. Les mamans mangent rarement à leur faim ici, alors c’était certainement une traite.  À Totora, l’autorité avait bien convoqué les femmes, mais rien n’était prévu pour manger, donc nous avons acheté du pain et des breuvages pour les mamans.
 
À notre dernier village, nous avons donné un lift à deux mamans et leurs bébés. Nous avons conduit environ 45 minutes avant de les déposer à un croisement et il leur restait toujours deux heures de marche pour arriver à leur village.  Cela vous donne une idée de la distance entre les municipalités. Aussi, ici on dit “wawa” pour “bébé”.  Ça vient du Quechua, mais on l’utilise en Aymara aussi.
 
Les autorités n’avaient pas révéler aux femmes la vraie raison de leur convocation. On leur a dit qu’on allait leur parler du “bono”, un boni qui est donné aux femmes qui assistent à chaque contrôle prénatal et qui donnent naissance à l’hôpital.  C’est une initiative du gouvernement pour réduire les mortalités.  Cependant, ce boni n’est pas très utile pour les femmes dans les régions rurales isolées (celles les plus à risque), car souvent le montant qu’on leur donne pour assister à un contrôle (50 bolivianos) ne couvre presque pas ce que ça leur coûterait pour se rendre à l’hôpital. 
 
Il y a aussi une attitude très paternaliste de la part des docteurs envers les femmes rurales. Avant que Rosa Maria explique le projet aux femmes, le docteur à Belen leur disait de bien écouter, etc.  à Curahuara (où le projet a débuté et où une sage-femme travaille déjà à l’hôpital grâce au projet) le docteur révisait un guide de santé prénatal avec Rosa Maria, et quand la sage-femme est passée il lui a dit de venir voir, car elle a des choses à apprendre. Elle l’a ignoré.

La pauvreté en Bolivie semble m’affecter moins ici que mon temps au Mexique.  Je ne sais pas si c’est parce que le Mexique était ma première expérience à voir de mes propres yeux la pauvreté ou qu’en Bolivie “tout le monde est pauvre” (pour généraliser beaucoup).  Je trouve qu’on voit un plus grand écart de richesse au Mexique qu’en Bolivie.  Oruro, la ville où je vis n’est pas particulièrement riche comparativement à La Paz ou à Cochabamba.  C’est très remarquable en Bolivie l’importance de l’économie informelle. 

La moitié de mon séjour en Bolivie est finie. Ça va être un choc de passer de l’hiver bolivien à l’été canadien!

Andrée

Oruro/Sajama

May 26, 2009 | Andrée. stagiaire. DESARROLLO RURAL CECI - BOLIVIA

Cette fin de semaine, j’ai fait un des plus beaux voyages de ma vie au parc National Sajama.  Mais avant cela, je vais parler de mon déménagement à Oruro.  Ça fait une semaine que je suis déménagée à Oruro, et les gens ont raison ; il fait froid ici !  Le jour, au soleil, ce n’est pas trop pire, mais le soir la température baisse sous zéro et il n’y a pas de chauffage dans les maisons ou les édifices. 

J’ai dû m’acheter un sac à couchage d’hiver pour mon travail.  En général, je vais passer trois jours en « el campo » (dans la campagne) et deux jours au bureau.  Cette semaine sera au bureau, mais à partir de samedi, je passerai cinq jours dans les petits villages à aider la chef de projet, Ruth, à collectionner l’information de base qui sera utilisée pour l’établissement du projet « Un Aguayo».  Puisque les distances sont énormes entre les maisons dans les villages, 19 femmes enceintes ou avec des enfants de moins de 5 ans viendront nous voir à un endroit spécifique dans la municipalité pour remplir notre questionnaire.  Ces femmes ont été choisies par un représentant de leur municipalité.  Ceci pourrait prendre une journée par municipalité, car les femmes doivent avoir le temps de se rendre et la majorité est à pieds.

Ma première journée à Oruro, le CECI avait une réunion avec le MMASF, l’ONG locale avec qui le CECI travaille.  C’était surprenant de voir le manque d’intérêt et de motivation de la part du MMASF.  À plusieurs reprises, leurs représentants sont sortis de la réunion pour parler sur leurs cellulaires ou parler à quelqu’un dans le corridor.  Lors d’une autre réunion, ils ont dit à Ruth et moi que le coût pour louer un de leurs bureaux (duquel on va travailler) était de 40 bolivianos par mois.  Le lendemain lorsque la comptable du CECI était venue finaliser certaines choses, le prix avait monté à 150 dollars!

Cette semaine, Ruth et moi devrons avoir fini d’installer le bureau à Oruro et avoir commencé à nous préparer pour notre temps dans le campo.  Je crois que je vais m’acheter plusieurs vêtements d’alpaga pour pouvoir supporter le froid.  C’est une critique que j’ai de mon expérience jusqu’à présent; le CECI avant mon départ dû Canada aurait du m’avertir que j’allais avoir besoin d’un sac de couchage d’hiver et m’avoir dit quoi apporter pour le froid en général.  De plus, mon rôle ici n’est pas bien défini.  La chef du projet n’est pas certaine non plus et n’a pas eu plus d’instruction de la directrice du CECI.  Cependant, je crois que je vais beaucoup apprendre de Ruth: comment faire une enquête, analyser l’information, présenter l’information non seulement à l’organisation, mais aussi aux municipalités participantes. 

Cette fin de semaine, j’ai rencontré à mi-chemin des volontaires de La Paz pour faire une tournée de Sajama.  L’accès n’est pas facile sans une auto et un guide, alors c’est un endroit peu visité malgré sa diversité et sa beauté naturelle.  Même le long de l’autoroute pour nous rendre au parc, la vue était spectaculaire.  Il y avait plusieurs “chulpas” (des tombes incas).  Certaines avaient encore des os dedans, mais les bijoux ou autres items de valeur ont été enlevés.  Il avait aussi des canyons, des villages de roches volcaniques, des montagnes rouges, des lamas et des alpagas.  Sur la route de terre du parc Sajama, nous avons vu des vicuñas dont les fibres sont parmi les plus dispendieuses au monde.  Ceux-ci sont sauvages et en danger d’extinction.  Une fois rendus au petit village de Sajama nous nous sommes trempés dans des eaux thermiques naturelles.  Nous avons aussi vu des geysers.  Toute la fin de semaine, nous n’avons vu que deux autres touristes.  C’était un merveilleux voyage !

Andrée

Presqu’une semaine à La Paz, Bolivie

May 10, 2009 | Andrée. stagiaire. DESARROLLO RURAL CECI - BOLIVIA

Mon poste de travail

Mon poste de travail

Le projet sur lequel je vais travailler s’appelle “Un Aguayo para un parto sin riesgo”, ce qui veut dire “Un Aguayo pour un accouchement sans risque”.  Un aguayo est un tissu traditionnel que les Boliviennes utilisent pour porter leurs bébés sur leur dos.  L’ONG Uniterra/CECI est affiliée à l’ONG locale “Mancomunidad de municipios Ayamaras sin fronteras” basée à la ville de Oruro.  Dans cette section de la Bolivie, les autochtones sont Ayamaras, le deuxième plus grand groupe autochtone après les Quechuas.  Cette semaine j’ai rencontré la chef de projet qui vient d’être embauchée tout récemment ; elle s’appelle Ruth et vient originalement de la ville de Potosi (la plus haute en Bolivie).  Elle parle le Quechua, mais pas le Ayamara.

Le but du projet est de réduire le taux de mortalité maternelle et infantile dans cinq petites communautés dans les environs de Oruro.  Plusieurs années passées, ce projet avait été un grand succès dans une communauté et on tente de recréer ceci.  Cependant, il existe plusieurs défis.  Premièrement, au niveau gouvernemental la personne qui avait beaucoup appuyé le projet il y a quelques années est décédée dans un accident d’auto.  En plus, il est difficile de faire reconnaître au niveau local les mérites de la médecine traditionnelle aux médecins et les mérites de la médecine moderne aux villageois.  Dans ce projet, mon rôle est de créer la ligne de base avec laquelle le projet sera développé.  Je vais aller dans les villages pour faire des sondages auprès des femmes, ces données permettant ensuite d’élaborer le projet. 

Voici quelques-unes de mes observations de mes premiers jours ici que j’aimerais partager :

- Je reste dans la section Sopocachi de La Paz pour le moment.  C’est un coin relativement aisé et sécuritaire.  Je croyais que le trafic était fou ici, mais en marchant vers le centre-ville j’ai réalisé que ce n’est rien comparé à là-bas.  La Plaza del Estudiante ce situe au milieu d’un énorme point rond, mais pour se rendre au parc qu’il y à au milieu il faudrait sérieusement risquer ça vie.  Je ne vais pas le tenter!

- Aux intersections dans le centre-ville, il y a des jeunes personnes habillées en costumes de zèbres.  Ils sont embauchés par le gouvernement pour rappeler aux autos de respecter les traversières pour les piétons.  Pourquoi les costumes de zèbres ?  Parce qu’ici les lignes blanches sur le pavé noir s’appellent des “zebras”.  C’est amusant à voir; ils dansent, etc. pour attirer l’attention des conducteurs.

- Il y a BEAUCOUP de policiers dans les rues, certains avec des mitraillettes.  Je ne me rappelle pas d’en avoir vu autant au Mexique même.

- Les conducteurs abusent des klaxons ici !

- Il est difficile d’avoir de la petite monnaie, car apparrament elle vaut plus lorsque fondue.

- L’hôtel où je reste pour le moment est à côté de l’ambassade canadienne.  Dans une épicerie à côté, ils vendent du Kraft Dinner !!  Je vais m’en acheter pour apporter à Oruro.

- Les Frosted Flakes ici, comment au Mexique, ont beaucoup plus de glaçage qu’au Canada.  Yum!

- Quelqu’un jouait très fort dans son auto la chanson thème du programme The X-Files.  Hahaha!

- Les longues jupes traditionnelles que portent certaines dames sont utiles, car elles les permettent de faire leur besoin dans la rue plus discrètement…

- Les parques publiques est l’endroit où les jeunes amoureux ‘makeout’.  Un peu trop de PDA pour mon goût.

- Dans le centre-ville, des jeunes hommes qui cirent les souliers dans la rue portent des masques de skis pour masquer leur identité.  Ceci aurait paru menaçant si je n’avais pas lu avant qu’ils se cachent à cause de la honte de leur travail.  Je trouve cela triste. 

- Samedi, j’ai vu une procession de mariage.  Les mariés marchaient suivis d’une bande du genre mariachi et de leur famille.  Je n’ai pas pris de photo par respect.

Une autre semaine à La Paz et ensuite je me rends à Oruro avait l’équipe. 

Hasta luego,

Andrée

Deuxième journée en Bolivie

May 6, 2009 | Andrée. stagiaire. DESARROLLO RURAL CECI - BOLIVIA

Aujourd’hui, c’est ma deuxième journée en Bolivie.  Après un long voyage, je suis arrivée sans problème à l’hôtel dans la ville de La Paz.  Je suis arrivé à 6 h du matin.  J’ai pu marché un petit peu dans les rues et c’est là que j’ai remarqué les effets de l’altitude.  Je me sens fatigué facilement, je n’ai pas très faim et mes mains et le bas de mon visage picotent.  Mais, il faut juste prendre les choses tranquillement, ne pas marcher vite et  se reposer.  La journée même de mon arrivée, j’ai rencontré le personnel du CECI en Bolivie.  J’ai eu de bons conseils d’autres volontaires.  Deux volontaires à long terme à Oruro quittaient le lendemain pour le Canada.  Ils m’ont donné leur cellulaire, bien gentil de leur part.  J’ai été invité a une petite fête la soirée avant leur départ.  Là j’ai rencontré plusieurs Québécois qui sont volontaires ou qui travaillent en Bolivie. 

Aujourd’hui, ma deuxième journée ici, j’ai eu une rencontre avec la directrice du CECI, la chef du projet sur lequel je vais travailler et une volontaire qui travaille sur le projet depuis près d’un an.  Cet après-midi, je devrais mieux connaître les détails de mon rôle dans ce projet.  Je ne suis pas encore certaine quand j’irai à Oruro, la ville où je vivrai.  Le projet sonne très intéressant, et je le décrirai une fois que je serai mieux informée. 

Hasta luego,

Andrée