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Ma thèse de recherche - Colloque Régional de l’IIFAP - Rencontres avec des exilés de la dictature militaire des années 80′

July 10, 2009 | Valérie, stagiaire, Instituto de Investigacion y Formacion en Administracion Pubilica

Mon stage au sein de l’Instituto de Investigacion y Formacion en Administracion Pubilica (IIFAP), à titre d’assistante de recherche, tire déjà à sa fin. Il reste moins de deux semaines pour compléter tous les merveilleux projets sur lesquels j’ai eu la chance de travailler  au cours des derniers mois.

MA THÈSE DE RECHERCHE

La semaine dernière, j’ai reçu l’évaluation de la première partie de ma thèse de recherche. Résultat des cours : que des commentaires positifs ! Les premières entrevues se sont déroulées avec des coopératives en milieu urbain, soit dans la ville même de Cordoba. La période d’écriture fut longue, mais combien enrichissante ! Le fait de travailler dans ma troisième langue demeure également un défi de taille.  Toutefois, après deux mois en terre latine, l’espagnol a de moins en moins de secrets pour moi… même que j’en perds mon latin… heu… français !

Enfin, je suis maintenant prête à entamer l’écriture de la deuxième partie de ma recherche. Dans cette deuxième phase, je me concentre sur les coopératives en milieu rural. À ce jour, il me reste une entreprise à visiter et à interviewer. Je prévois réaliser cette entrevue la semaine prochaine. J’ai bien hâte. Je dois avouer que ce sont les moments que je préfère. Rencontrer les travailleurs des coopératives a été, jusqu’à maintenant, les moments forts de mon stage. Chaque rencontre est, à sa manière, bouleversante. D’une part, je ne peux qu’être impressionnée par le courage de ces gens. Mais d’un autre côté, je finis toujours par m’interroger sur ma propre volonté. Chaque visite, échange et moment passé au sein des coopératives stimule chez moi une réflexion personnelle… « Si j’étais dans leur situation, est-ce que j’aurais, ou non, la volonté de me battre contre l’hégémonie d’un système comme le capitalisme, avec la même énergie qu’ils y mettent ? » Je n’en suis toujours pas certaine…  Ces gens vivent (ou plutôt survivent) avec très peu. Pourtant, ils dégagent une fierté et une dignité toute à leur honneur. Les associés de la Clinica Junin, de Comercio y Justicia, de la Cooperative de Trabajo Comunicar Limitada et de la Pauny ne luttent pas uniquement pour les valeurs du modèle coopérativiste, mais avant tout pour avoir un travail, se nourrir et avoir un toit sur la tête…

De belles histoires qui font réfléchir. Je suis très honorée que ces coopératives aient accepté si généreusement de me donner de leur temps pour partager avec moi leur histoire. Les quatre cas que j’ai étudiés dans le cadre de mon stage international à Cordoba sont identifiés comme les plus gros symboles d’entreprises récupérées en Argentine et figurent parmi les cas les plus étudiés dans le monde (parmi l’hôtel Bauen à B.A., Comercio Justicia, Usine Zanon, Mandragon en Espagne). Je me sens choyée qu’ils aient accepté de participer à mon étude.

Ma thèse de recherche vise à analyser les stratégies d’innovation au sein des coopératives formées à partir d’entreprise récupérées, et cela, afin de comprendre pourquoi ce type de coopérative connaît plus de succès que les autres coopératives de travail. Autrement dit, cibler les éléments (internes et externes) favorables à la viabilité et la pérennité des entreprises récupérées dans le temps. En mai, je me suis concentrée sur l’analyse du milieu urbain et ses dynamiques susceptibles d’influencer les chances de succès de l’entreprise récupérée. À partir de la mi-juin, j’ai axé ma recherche sur les entreprises situées en milieu rural, autrement dit celles qui sont situées en campagne. J’ai eu la chance de visiter deux coopératives bien connues dans la province de Cordoba.

Pourquoi une étude comparative entre le milieu rural et urbain ? L’objectif était ici de repérer en quoi le milieu social (espace local) est susceptible d’influencer le marché du travail et l’économie locale. Mon étude vise à déceler les adaptations des travailleurs à leur milieu et le contexte social, économique et politique, les appropriations organisationnelles et culturelles, les contradictions du modèle et du système… et surtout les innovations !  Une étape cruciale pour le développement de ma recherche fut, pour moi, de comprendre ce qui appartient au rural et ce qui appartient au domaine urbain. Au premier coup d’oeil, nous avons tendance à croire que le rural est plutôt porteur d’héritage, de conservatisme et de tradition, alors que l’urbain d’innovation. En effet, le monde rural est un milieu tout indiqué à l’enracinement et le monde urbain est celui d’une grande mobilité, d’un espace en ébullition, propice aux changements. Or, la pratique sur le terrain dément certaines réalités que nous avons tendance à prendre pour des évidences. Il est tout aussi vrai de dire que la ville n’exclue pas l’héritage et que le rural est propice aux changements. Dans les faits, plusieurs symptômes sociaux et économiques bouleversent la structure du monde rural et urbain (exode rural, phénomène des bidonvilles, appauvrissement généralisé, chômage, précarisation des conditions de travail et du marché de l’emploi, etc.). Selon moi, le monde rural est un milieu tout aussi susceptible de stimuler des transformations sociales que le milieu urbain. La question est de savoir de quelle façon ces modifications s’inscrivent dans le marché du travail, particulièrement dans le domaine de l’économie sociale et des entreprises récupérées. Somme tout, mon étude comparative permettra de cerner, certes des différences, mais également des similitudes entre ces deux univers. Au final, nous remarquerons que l’économie sociale, que nous avions considérée comme un tout, est en fait le résultat d’expériences distinctes, isolées, qui, misent bout à bout, donnent le portrait de ce que l’on identifie comme l’économie sociale argentine. Mon expérience de terrain en Argentine m’a permis de constater que les ressemblances entre les coopératives sont souvent masquées par les différences affirmées. À mon avis, c’est ça qui permet d’expliquer, en partie, le succès de certaines transpositions et d’innovations au sein des entreprises récupérées, que celles-ci soient situées en campagne ou en ville.

COLLOQUE RÉGIONAL DE L’IIFAP: LE RÔLE DE L’ÉTAT DANS LE MARCHÉ. LES TRANSFORMATIONS SOCIALES DU 21E SIÈCLE FONT RÉFLÉCHIR…

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion de participer à un colloque régional organisé par l’IIFAP la semaine dernière. Des professeurs de partout en Amérique du Sud, de l’Europe et des États-Unis ont présenté des conférences, chacune élaborant sur le thème proposé pour cette rencontre : l’intervention (ou non) de l’État dans le marché, plus précisément de quelle façon l’État s’adapte aux transformations sociales, économiques, politiques et cultures au 21e siècle. Est-ce que les politiques publiques actuelles répondent à ces besoins de changements ou non? Est-ce que nous pouvons observer des efforts étatiques ? Est-ce souhaitable ou non qu’il y ait intervention de l’État ? Est-ce que l’État a sa place dans les sphères d’activités que semblent s’approprier plusieurs organisations de la société civile? Enfin, voici quelques questions abordées par les spécialistes durant le colloque. Ces deux journées de conférences furent riches en apprentissages académiques et personnels. Je me sens très choyée d’avoir eu l’occasion de rencontrer personnellement certaines de ces personnalités, car pour moi, ces spécialistes de ces questions sociales, politiques et économiques m’apparaissent comme des « personnages » au passé fascinant.

LA DICTATURE MILITAIRE LAISSE UNE SOCIÉTÉ PROFONDÉMENT MARQUÉE: LES RÉPERCUSSIONS 20 ANS PLUS TARD. — RENCONTRE AVEC DES EXILÉS POLITIQUES DE LA DICTATURE MILITAIRE DES ANNÉES 80′

Il est particulièrement intéressant d’écouter parler les professeurs argentins. Plusieurs d’entre eux ont dû s’exiler du pays lors de la dictature des années 80 ‘, notamment en raison de leur engagement social et politique. Ainsi, lorsque ces gens présentent leurs théories, leurs perspectives d’une problématique, il est facile de savoir si cette personne a subi les répressions de la dictature. Plusieurs d’entre eux feront référence aux systèmes européens (beaucoup se sont exilés en Italie, en Allemagne, en Espagne et en France (d’ailleurs, tu peux immédiatement savoir celui qui s’est exilé en France lorsqu’il fait référence à des auteurs français ou encore qu’il dit parler français). Bref, sans avoir besoin d’annoncer qu’ils ont dû s’exiler pour des questions politiques, ces professeurs sont aujourd’hui très influencés par ce parcours pour le moins particulier. Inévitablement, ils tiennent un discours beaucoup plus ouvert sur le monde et une capacité d’analyse comparative plus affinée. Je vous partage cette constatation, car il m’est apparu fascinant de réaliser à quel point la dernière dictature militaire présente encore aujourd’hui des cicatrices qui ne sont toujours pas guéries. Rarement, ces gens parlent de cette époque. Certes, ils vont faire référence à l’Europe, au Mexique, aux États-Unis, certains au Canada, mais sans jamais mentionner qu’ils y sont allés en tant qu’exilé. Pourtant, à chacune de ces rencontres, j’ai tout de suite su, deviné, qu’il s’agissait des répressions de la dictature. Cela se remarque dans la tonalité du discours, des propos encore teintés d’une tristesse, mais aussi d’une certaine fierté d’avoir eu la chance de « voir le monde ». Il y a encore, après toutes ces années, un mélange d’émotions très palpables. C’est une histoire qui se vit encore. L’Argentine n’en est pas à son dernier chapitre. Au contraire, il s’en écrit de nouveau tous les jours !

 

 

Mon expérience argentine, là où s’écrit l’histoire…

June 12, 2009 | Valérie, stagiaire, Instituto de Investigacion y Formacion en Administracion Pubilica

Six semaines se sont écoulées depuis mon départ du Canada. Durant le dernier mois et demi, j’ai eu la chance de rencontrer des gens extraordinaires qui ont bien voulu partager avec moi leur savoir sur l’économie sociale, leur connaissance des entreprises récupérées et leurs expériences de vie. Dans le cadre de ma recherche terrain portant sur les organisations de l’économie sociale, deux études de cas m’ont permis de constater leurs capacités d’innovation, tant au niveau individuel que collectif: le cas de l’entreprise récupérée Comercio y Justicia ainsi que celui de la Clinica Junin.

Les mouvements sociaux de l’économie sociale doivent beaucoup aux travailleurs des entreprises récupérées, hommes et femmes, que j’ai tenté, l’instant de quelques pages (ma thèse de recherche), de faire revivre. Durant les dernières semaines, j’ai fait de la recherche terrain. J’ai rencontré des travailleurs qui ont accepté de me raconter leur succès, mais aussi de me confier leurs échecs. Ces échanges m’ont conduit à reconnaître l’existence de plusieurs pratiques innovantes, autant chez Comercio y Justicia, qu’à la Clinica Junin. J’ai réalisé que l’innovation technologique n’est pas le seul élément assurant la pérennité d’une organisation de l’économie sociale. Sa viabilité dépend en grande partie du contexte socio-économique, mais aussi du réaménagement social de l’organisation du travail à l’intérieur de l’organisation, de l’articulation des partenariats et la prise en compte des intérêts individuels. À mon avis, l’élément clé de la durabilité demeure le partage des initiatives et la mise en commun des acquis, que ce soit l’accumulation du savoir, les ressources financières ou la reconnaissance par ses paires.

S’il est juste d’affirmer que les membres de ces entreprises font preuve d’une capacité d’innovation, c’est spécifiquement parce qu’ils la vivent au quotidien. L’innovation, c’est une histoire de tous les jours, car si des efforts ne sont pas fournis, les luttes menées et gagnées tombent dans la désuétude. La viabilité des « nouvelles façons de faire » n’est possible que sur le temps long. Elles doivent être constamment promues afin de les adapter aux nouvelles aspirations et besoins des associés. Un constat s’impose : la solidarité collective et la débrouillardise des travailleurs des entreprises récupérées ont permis de mettre sur pied des pratiques nouvelles.

Au regard de leur histoire, les changements sociaux qu’elles ont inspirés témoignent de l’action des hommes et des femmes et de leurs influences sur les institutions de pouvoir et de savoir. La survivance de l’humanité et le développement des sociétés est avant tout le résultat de ces milliers de luttes quotidiennes illustrant les initiatives individuelles comme produit d’une réflexion collective qui, portées par une foi en un monde meilleur, exerce sur les « cadres de vie » une pression sociale, économique et politique obligeant les sociétés à repenser ses réalités et à les transformer. Au cœur de l’action humaine réside le changement, la créativité, la possibilité de briser des routines, le commencement de la fin et la fin du commencement. Innover, c’est de prendre le temps de générer du neuf à partir du vieux. La nouveauté possède la capacité de surprendre, mais aussi de faire oublier, d’oublier ce qu’avait été jusque là la réalité. Le changement, à travers l’écoulement du temps, perd cette dose de nouveauté, de faire autrement. Conséquemment, pour assurer sa pérennité et continuer de se développer, les entreprises récupérées ont tout intérêt à développer leurs compétences d’innovation sociale. La fusion du développement économique et du développement social semble être une recette gagnante pour assurer un futur positif aux membres des coopératives formées à partir de la récupération d’entreprise. Certes, plusieurs chercheurs concluent leurs analyses sur un ton pessimiste quant à l’avenir de ces organisations. Or, notre étude a tenté de cerner des espaces où il y a de fortes dynamiques de changements. L’innovation sociale constitue un garant pour l’avenir, car elle offre de multiples possibilités. Évidemment, les entreprises récupérées, malgré le succès que la plupart d’entre elles connaissent, demeurent à la merci du contexte socio-économique global, de ses crises et ses périodes de prospérités.

Merci à tous ceux qui m’appuient, de loin (Canada) ou de près (Argentine), dans ma recherche. Je n’aurais pas accompli ce projet sans votre support, votre confiance et votre amour.

Longue vie à l’innovation, la créativité, aux gens déterminés… et aux entreprises récupérés!

Valérie Potvin, Étudiante en Développement International, 4e année.

Land of tango…and of social economy!

May 23, 2009 | Myriam, cours recherche terrain, Argentine

One of the aspects of this trip (field research course to Argentina) that has hit me the most is seeing people live every day things that I have studied on an academic level during this course. 

The field research course in Argentina focuses on social economy.  For those of you who don’t know what this is, which included me before coming to Argentina, it is an alternative economy based on principals of equality, solidarity and community.  It includes cooperatives, associations, and recovered factories (as well as many other types of alternative economic communities).  During the course we studied social economy, its principals, effects, strengths, weaknesses and challenges. 

One of the interviews that I did was with a small cooperative called “El Abasto”, which transports merchandise for markets.  Hearing their story was a very moving experience for me.  Throughout the interview, the President of the cooperative used the terms “emancipation”, “empowerment”, “capacity building”, “solidarity”, “freedom”, “development”, “community” as part of his everyday language, everyday goals, everyday priorities.   For him, emancipation, social inclusion, and capacity building are things that he sees, analyses and works towards on a daily basis.  It was quite refreshing to see things that I have studied on an acaedemic level really mean something to someone on a daily basis.  These terms are not just dvm course concepts, but are actually important aspects in individual’s lives.

It was also interesting to hear him tell me that the most support that his cooperative had gotten was from a project called “Una Argentina Solidaria” (they have a website you can check out!) which taught him how to use a computer, how to write a business plan, how to write proposals, and helped him network with other cooperatives.  This project was funded by CIDA and IDRC!!  That’s our agencies and programs making a huge difference to these cooperatives here in Argentina!!

If you are interested in the social economy and recovered companies (where the workers take over closed factories and turn them into cooperatives) I suggest you watch Noami Klein’s movie, The Take.

Coopératisme Argentin

January 31, 2009 | Erika, stagiaire, Instituto de Investigacion y Formacion en Administracion Pubilica

C’est à partir de 3 semaines de cours intensifs sur l’économie solidaire suivis l’Université Nationale de Cordoba au mois de mai 2008 que j’ai pu faire connaissance avec l’Argentine. Ce cours se déroula alors que la crise alimentaire mondiale prenait des proportions désastreuses frappant directement les populations des pays en développement… L’Argentine me donne l’impression d’avoir toujours une place de choix dans les contextes de crises. Je pousserai jusqu’à dire qu’elle est plutôt avant-gardiste à ce niveau. Je m’expliquerai plus loin.

Après une opération au genou suite à un accident dans le nord du pays, quelques points de sutures et plusieurs rencontres avec mon physiothérapeute à Montréal, je suis maintenant de retour au pays du maté, du cuire et du tango. La crise alimentaire a maintenant fait place à un monstre qui semble encore plus dévastateur, la crise financière. Cette fois-ci, c’est une sensation de déjà vu qu’ont les argentins. En effet, ce pays qui fut reconnu comme étant le meilleur élève du FMI par rapports à la mise en place des ajustements structurels dans les années 90 se retrouva économiquement et socialement à plat ventre en 2001. Cette première crise fut instigatrice d’une pléthore de mouvements sociaux offrant des alternatives économiques et sociales à la population face au système néolibéral défaillant. C’est ainsi que se renforça considérablement le mouvement coopératif argentin offrant aux travailleurs la possibilité de produire et gérer leur propre entreprise et ainsi survivre à long terme. Les temps restent durs toutefois. Car dans un pays où près de 40% de travailleurs occupent un emploi dit précaire, payé sous la table et sans protection sociale, la survie reste une lutte quotidienne. J’ai eu la chance de visiter une coopérative de récupération de plastique et l’entreprise fonctionne à perte depuis près de 6 mois suite à la chute de la valeur de ce matériel. L’économie sociale reste tout de même un mouvement national fort qui se voit de plus en plus reconnu et appuyé par le gouvernement. Par exemple, il y a quelques jours fut organisé le 5e congrès fédéral sur l’économie sociale auquel j’ai eu la chance de participer pour y voir plus de 2000 représentants de coopératives venant des quatre coins du pays.

Je travaille présentement au niveau de la communication pour un institut de micro-finance spécialisé pour les coopératives qui se nomme I.FI.CO.TRA. Le mandat et défi que j’ai pour cette institution est de leur créer un site web. Je m’adonne aussi présentement à une recherche de terrain sur la gouvernance dans les coopératives, à savoir comment se font les prises de décisions dans une institution qui cherche à donner une égalité de pouvoir à chacun de ses membres. Car dans une coopérative on ne travaille pas pour un patron, on travaille pour ses pairs et pour soit même, en solidarité avec la communauté qui nous entoure.

Saludos,
Erika