Apprendre à s’adapter

July 5, 2018 | Raphaëlle, Maîtrise ès arts en mondialisation et développement international, Uniterra, Haïti, Organisation de gestion de la destination du nord d'Haïti, Conseillère en collecte d'information et en sondage

Depuis longtemps, on nous inculque l’art de l’adaptation. C’est une qualité recherchée par les employeurs, c’est une pratique sociale qui nous permet de naviguer les obstacles et les défis, et de s’en tirer avec brio. Depuis mon arrivée en Haïti, « adaptation » a été un mot clé qui m’a permis de faire de mon stage une expérience positive et enrichissante. Voici donc un bref aperçu de ce qui attend tout coopérant volontaire en Haïti :

Le créole et le français. Haïti possède deux langues officielles. Chez mes partenaires, la langue de travail est souvent le français. Toutefois, le créole est la langue parlée dans la rue et dans les familles. Bien que similaire au français, il est au départ difficile à déchiffrer. Avant de quitter pour un stage en Haïti, il est judicieux de se familiariser avec la langue. Les Haïtiens sont fiers de leur culture et de leur langue. La plupart des interactions sociales en sont facilitées. L’adaptation à cette dualité linguistique a toutefois été facilitée par le fait que le français soit ma langue maternelle.

Le transport a aussi été un ajustement. D’une part, les transports en commun sont les plus abordables. Posséder une voiture n’est pas accessible à tous. Je suis chanceuse! Le Cap est une des rares villes en Haïti où un transport « formel » existe : les taxis motos et les taxis machines sont similaires aux taxis qu’on retrouve au Canada. Ils ne possèdent toutefois pas de compteurs, les prix sont donc établis selon le trajet et doivent être négociés. D’autre part, le centre-ville est organisé en quadrillé : horizontalement, les rues sont identifiées par des lettres (A, B, C, etc.) et à la verticale, les rues sont identifiées par des chiffres (1, 2, 3, etc.). Il m’a fallu quelques jours avant de bien comprendre comment les lettres et les numéros s’organisent.

Dès le premier jour, il a également fallu s’habituer à l’argent. Il existe plusieurs « formes » de monnaies utilisées en Haïti. Malgré la loi récente obligeant les commerces à utiliser la gourde, la monnaie nationale, de nombreux vendeurs utilisent toujours le dollar américain. Il existe aussi un concept, le « dollar haïtien » : il s’agit réellement de gourdes, mais le prix est indiqué en dollar. Pour en calculer le coût réel, il suffit de multiplier par cinq (1 dollar haïtien égal 5 gourdes). Cela a mené à de nombreuses erreurs et hésitations de ma part, quand vient le temps de négocier.

La météo a également nécessité de l’adaptation. Travailler dans une chaleur et une humidité étouffante ne relève pas de mes habitudes. Les journées débutent tôt et nous devons rapidement composer avec le soleil, les bruits environnants, l’accès imprévisible à l’électricité et l’accès à l’internet. La relative sécheresse qui persiste cet été n’a d’ailleurs pas aidé certains de nos partenaires, qui ont perdu des récoltes. À l’inverse, la pluie peut également limiter nos déplacements et rend les transports plus dispendieux.

Ce qui a sans doute été le plus grand défi d’adaptation a été la gestion de tous les petits imprévus du quotidien. Par exemple, la prise de rendez-vous en fonction des calendriers religieux, culturels et sportifs, ou encore, les difficiles communications interculturelles. D’une part, il peut être stressant ou difficile de devoir s’intégrer dans une nouvelle équipe composée de personnes diversifiées en âge, en nationalités, en expériences et en intérêts. D’autre part, il m’a fallu beaucoup de temps pour connaître les différents projets du CECI dans le Nord, connaître les différents partenaires et leurs habitudes de travail, tisser des liens et établir des relations de confiance avec mes collègues nationaux. L’équipe d’Uniterra et du CECI a toutefois été accueillante et généreuse en m’intégrant rapidement à leurs activités professionnelles et sociales. Je me considère choyée de pouvoir apprendre d’une équipe aussi variée en expériences et en connaissances.

Mon expérience de stage se déroule donc bien, malgré une période d’ajustement importante. Haïti est un pays riche et très intéressant. Avoir l’occasion d’apprendre dans ce contexte me permet de pousser mes réflexions plus loin, et d’apprendre à surmonter les petits défis du quotidien! Les tâches simples qui paraissaient insurmontables au cours des premières semaines sont devenues, petit à petit, banales.

Travailler à l’international requiert beaucoup de qualités, et la capacité à s’adapter en fait définitivement partie. Apprendre à faire face à autant de nouveauté, aussi rapidement, peut paraître intimidant. Après quelques semaines ici, je peux dire que c’est d’abord et avant tout, une étape enrichissante. L’important est de garder l’esprit ouvert!

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