Todo tranquilo en Paraguay

July 23, 2010 | Padraic, stagiaire, Paraguay, Escuela Agrícola San Francisco de Asís

Tranquilo, c’est le mot employé le plus souvent par les Paraguayens, et il peut signifier à la fois la quiétude et la nonchalance qui caractérisent le mode de vie local, ou tout simplement que tout va bien. De par ma nature, je n’ai eu aucun problème à m’adapter à ce train de vie, et c’est ainsi que je me retrouve à siroter le téréré avec mes nouveaux amis paraguayens et à travailler au rythme où vont les choses au Paraguay, c’est-à-dire pas plus vite qu’il ne faut.

Mais ne vous inquiétez pas, du boulot, j’en ai à l’école agricole. Ainsi, depuis mon dernier billet, nous avons effectué plusieurs autres tournées dans les communautés environnantes, pour rencontrer les présidentes d’associations de producteurs. Accompagnés de quelques élèves de l’école, nous discutons de leur historique, de leurs défis, et des domaines dans lesquels eux et l’école pourraient travailler ensemble. Jusqu’à présent nous avons toujours été bien reçus et n’avons eu aucun problème de communication digne de mention. En fait, ces rencontres ont donné lieu à des discussions fascinantes sur la vie des paysans du Bajo Chaco paraguayen et sur les difficultés qu’ils rencontrent dans leurs processus d’organisation. Ce rapport direct sur le terrain avec les gens est précisément ce que je recherchais dans ce stage international, et je suis enchanté de l’avoir trouvé ici.

Autre fait important, c’est que ce travail est stimulant au plus haut point. En parlant avec les producteurs et en initiant ce processus d’échange de techniques et d’expérience, qui doit à terme donner lieu à une amélioration de la production et du niveau de vie, et à un renforcement des structures de production locale, nous sentons que nous apportons une différence. Et ça ne s’arrête pas là, car nous impliquons par la même occasion les élèves dans ce processus, qui leur donnera une expérience sur le terrain d’amélioration des pratiques, tout en les plongeant dans le phénomène de l’organisation paysanne.

Sur un autre tableau, nous avons commencé à communiquer avec les comités de femmes bénéficiaires des services de micro-finance de la Fundación Paraguaya, afin d’établir des partenariats pour vendre les produits de l’école. Comme je l’ai souligné à mes débuts ici, l’école agricole vise en effet l’autosuffisance, et la vente des produits élaborés par les étudiants représente l’une des voies vers cet objectif. L’école jouit déjà d’une grande pénétration dans les marchés locaux à travers son équipe de marketing, composée d’élèves, mais des partenariats avec les comités de femmes lui permettraient de la redéployer afin d’étendre son réseau aux portes d’Asunción. Bref, les perspectives s’avèrent intéressantes pour le mois qu’il me reste encore à passer ici.

Tout ce travail m’amène bien sûr à voir sous un autre jour les concepts de développement, qu’ils ne m’avaient été donné de voir qu’en classe avant ce voyage (qui a débuté avec le cours en Bolivie, dois-je le rappeler). Ce processus de réflexion a été facilité davantage par l’accent mis sur la pauvreté dans le cadre du programme au sein duquel se déploie mon projet. Je dois avouer que sur ce thème, pas plus que sur le plan culturel d’ailleurs, je suis fier de dire que je n’ai rencontré aucun choc, et que ce stage se présente au contraire comme une suite logique et harmonieuse à mon cheminement académique. Son thème et sa visée s’inscrivent admirablement dans ma vision du développement, qui est basée sur le renforcement des structures de production paysannes. En diffusant les meilleures pratiques agricoles, dans une logique de production familiale et biologique, tout en donnant un nouveau souffle au processus d’organisation, le projet auquel je participe peut contribuer selon moi de la manière la plus durable au développement de ces communautés. Dans un monde où le système de production industrielle démontre chaque jour sa fragilité, et où la coupure du lien vital qui nous unit avec la nature se fait de plus en plus sévère et inexorable, le déplacement des structures de production des biens et des relations sociales vers la campagne m’apparaît comme la seule avenue non seulement vers une société juste, mais vers le salut de l’humanité.

Cependant, ne nous excitons pas prématurément, car ce projet en est encore à ses premiers pas, et je perçois quelques obstacles sur son chemin. Le principal est le manque de ressources, principalement de ressources humaines et de temps. Nous opérons présentement sans aucun budget, car l’école a déjà assez à faire à assurer son autosuffisance, mais cela ne pose pas de problème. Ce qui m’inquiète davantage, c’est que l’école ne peut compter sur aucune ressource additionnelle de la part de la Fondation pour prendre la relève des stagiaires, dont la polyvalence est contrainte par leur manque de connaissances en agronomie. Les ingénieurs sont déjà pliés en quatre sur le terrain, et les élèves aussi travaillent très fort, ainsi l’école peut difficilement se permettre de déployer sa force de travail à travers la communauté.

Ces doutes sont le reflet de la nature de l’organisation pour laquelle je travaille. Il s’agit en effet d’abord et avant tout d’une école, et non d’une ONG. Certes, elle appartient à la Fundación Paraguaya, une ONG en règle, et reçoit sa programmation de celle-ci, mais doit en même temps opérer dans un cadre institutionnel plus contraignant. Dans quelle mesure le développement communautaire représente-il une responsabilité de l’école agricole? Cette question nous amène bien entendu au rôle de l’État, grand absent de ce débat jusqu’à présent. Malheureusement, la méfiance quasi-idéologique de la Fondation envers le gouvernement semble barrer la voie à un partenariat avec une institution qui aurait pourtant beaucoup à offrir sur le plan structurel. Mentionnons tout de même que cette méfiance est tout à fait justifiée vis-à-vis d’un État aussi inapte et corrompu que celui du Paraguay.

Mais d’où peut surgir une solution durable dans un tel labyrinthe? La réponse, si tant est qu’il y en ait une, se trouve je crois du côté des producteurs eux-mêmes et de leur association. En brisant les liens de la solitude et de la dépendance, les paysans peuvent déplacer des montagnes, et si la coopération de l’école agricole pouvait poser les jalons d’un tel processus, alors tous les espoirs seront permis.

Sur ce je dois clore ma réflexion, mais soyez assurés que les cinq semaines qu’ils me restent ici seront tout aussi fécondes en sensations et en idées. Je commencerai peut-être bientôt à écrire dans mon blog personnel. Entre-temps je continuerai à profiter de la vie à la ferme, de jouer au foot avec mes nouveaux amis, d’apprendre le guarani et de visiter le pays. Tranquilo pa, Paraguay!

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