La vie à la campagne paraguayenne

July 12, 2010 | Padraic, stagiaire, Paraguay, Escuela Agrícola San Francisco de Asís

Après maintenant un mois au Paraguay, je suis en mesure de partager avec vous mon expérience ici. Commençons par la vie au quotidien à l’École agricole à Cerrito.

Je dois tout d’abord vous raconter la vie sur la ferme. Nous vivons, les 4-5 stagiaires, dans un petit chalet à côté des enclos des animaux. Le bruit des coqs, des cochons et des vaches fait donc partie du quotidien, aux côtés du chant des oiseaux et des cris des singes! Ici, il faut laver son linge à la main, et pour manger, hormis les repas austères servis à heure fixe pour les élèves et le personnel, il faut marcher jusqu’au village s’approvisionner des quelques denrées disponibles. Ce serait déjà bien, si le frigidaire et le four pouvaient fonctionner! Les repas quant à eux sont une expérience en soi. Tous les élèves et le personnel se réunissent dans une petite salle pour manger le même repas, qui consiste habituellement en un bouillon un peu trop salé dont les ingrédients varient assez peu. Et personne ne quitte avant qu’un adulte n’ait prononcé le fameux Buen Provecho. Mais je dois tout de même nuancer cette image de bled que j’ai dépeinte. Après tout, nous ne sommes qu’à 1h de bus d’Asunción, nous avons l’Internet toute la journée au bureau, et je n’ai rien manqué du Mondial. Et si vous avez eu l’impression que je me plains, détrompez-vous! Todo es felicidad en el campo paraguayo!

Ce qui me fascine autant, en premier lieu, ce sont les gens. L’âme paraguayenne est d’une amabilité et d’une authenticité désarmantes. Les élèves, tout d’abord, sont tellement sympathiques que j’en viens à voir avec appréhension approcher mon retour à la réalité urbaine nord-américaine. Les professeurs, ingénieurs et directeurs sont également emplis de bonté et sont davantage des amis que des collègues ou des superviseurs. En fait de supervision, il n’y a absolument aucune pression ici. Les gens ne s’intéressent pas au travail que j’accomplis, ils sont simplement contents de me voir au bureau tous les jours. Mais si j’accomplis vraiment du boulot, ne serait-ce que rédiger le moindre petit rapport, alors là ma contribution est portée aux cieux! Bref, la nature des gens ici facilite grandement l’intégration, quoique le guarani demeure un obstacle, qu’il me fait toutefois plaisir d’apprendre à surpasser. Il me faut mentionner également que le soccer joue un rôle important à ce sujet. La Coupe du Monde, et la performance sensationnelle du Paraguay, sont le principal, sinon l’unique sujet de conversation ici, ce qui a facilité mon insertion, tout comme ces parties de soccer avec les élèves chaque après-midi qui sont une façon agréable de terminer la journée de travail.

En parlant de travail, il faut dire que de ce côté ça a commencé plutôt lentement. En théorie, j’arrivais ici avec un projet à la clé : faire une étude de la chaîne de valeur ajoutée des producteurs laitiers locaux. Mais j’arrivais en fait sans attente particulière, et ça a été mieux ainsi parce que ce projet initial a été plus ou moins jeté à la poubelle. De surcroît, il y avait déjà d’autres stagiaires sur place qui avaient eux aussi vu leur projet initial écarté, et il ne semblait donc pas y avoir beaucoup de place pour manœuvrer. Cette situation m’arrangeait un peu au départ car cela me donnait le temps de terminer mon rapport de recherche terrain, mais j’ai rapidement compris que ma propre initiative serait la seule garante d’une expérience pratique pleinement satisfaisante. Et heureusement, il y avait quelques instruments à ma disposition.

En effet, la Fundación Paraguaya est présentement en train d’implanter un nouveau programme ambitieux à travers lequel elle espère sortir de la pauvreté tous ses clients, à savoir, en ce qui concerne l’école agricole, les élèves et les membres des communautés avoisinantes. Ce programme est suffisamment vaste et vague pour donner de l’espace pour évoluer aux stagiaires. L’idée, à ce stade, est de conscientiser dans un premier temps les élèves au concept de pauvreté et de leur fournir les outils théoriques pour la combattre dans leur communauté, et, au niveau de la localité, d’explorer les thèmes sur lesquels l’école et les producteurs locaux pourraient coopérer, à travers l’échange d’idées et d’information. À long terme, l’idée est d’impliquer les élèves dans des projets avec la communauté locale, dans la mesure où l’autosuffisance de l’école s’en trouve renforcée.

J’ai travaillé jusqu’à présent surtout sur le deuxième volet, à savoir la coopération avec la communauté locale. À cet effet, nous avons déjà eu quelques conversations fascinantes avec des producteurs, et l’objectif est d’établir un rapport avec les organisations de producteurs de Cerrito, de Benjamín Aceval et de Villa-Hayes pour connaître les besoins, évaluer les capacités et échanger des idées. Il me faut mentionner ici qu’autant l’enthousiasme est prégnant du côté des producteurs, des élèves et de la direction pour aller de l’avant avec ce projet, autant les ressources financières, elles, sont inexistantes. Je ne dois donc pas m’attendre à voir quelconque structure s’ériger lors de mon stage, sinon quelques démonstrations ou un projet pilote, mais j’espère au cours des deux mois qui me restent être en mesure de contribuer à établir un cadre qui servira de base à un éventuel plan de développement communautaire.

Vous comprendrez que toute cette expérience est propice à des réflexions sur les enjeux du développement international et local, ainsi qu’à la mise en pratique de concepts appris en classe. Je reviendrai sur ces thèmes à l’occasion de mon prochain billet. Entre-temps, la folie du Mondial se poursuit et qui sait jusqu’où s’arrêtera le parcours historique des Guaranis… Ce qui est certain en tous les cas, c’est que l’excitation et la fierté nationale produisent, même en campagne, une atmosphère d’allégresse et de sérénité à la fois qu’il m’est difficile de décrire ici, mais que je souhaite de tout coeur à mes camarades stagiaires de tous les pays.

Con toda mi amistad,

 

Patricio

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