L’aventure: os rostos da pobreza

July 17, 2010 | Karine, stagiaire, Brésil, Parcours solidaires, Mouvement des sans terre

Boa tarde Ottawa!

Déjà 2/3 de mon voyage de passé et il me semble que je posais pour la première fois les pieds au Brésil hier. Vous savez, en Sciences sociales on parle souvent du Brésil de manière très positive. Membre du fameux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), le Brésil, pays dit « émergent », s’inscrit comme l’un des pays avec le taux d’accroissement annuel du Produit Intérieur Brut (PIB) les plus élevés. Selon la banque d’investissement Goldmann Sachs, les pays du BRIC d’ici à une quarantaine d’années pourraient surplomber les plus grandes économies actuelles du G6. Résultats de l’application des politiques néolibérales ou non, la littérature actuelle ne cesse de vanter la réussite de l’économie brésilienne.

Pourtant, après déjà 2 mois d’intrusion au cœur de l’univers brésilien, je serais loin de dire que celui-ci est sur le point de dominer les plus grandes économies du monde. Bien sûr, si on tient compte uniquement du PIB, il est vrai que de plus en plus de personnes sont de plus en plus riches au Brésil, mais cela ne révèle rien sur la répartition de cette richesse. Encore là, selon moi, l’argent n’est pas le seul indicateur de pauvreté, l’homme contemporain a toujours eu cette mauvaise tendance à placer la richesse matérielle au-dessus de tout autre facteur pour quantifier le bien-être ou plutôt ce qu’on nomme « développement ».

Au Brésil, la richesse est concentrée dans les mains d’une minorité qui se retrouve surtout dans les plus grandes villes comme São Paulo, Rio de Janeiro, Porto Alegre (pour ne nommer que ceux-là). Pour le reste, la population vit dans des conditions que j’ose qualifier de pauvreté. En effet, pour moi, vivre dans la pauvreté ne signifie pas vivre avec un nombre précis de dollar par jour comme l’ONU définie elle-même la pauvreté absolue et relative. À mon avis, la pauvreté ne se caractérise pas seulement par un manque de richesse matérielle, mais peut aussi s’exprimer à travers un mode de vie qui menace le bien-être des individus, des populations dans leur ensemble. Ainsi, tant et aussi longtemps que les menaces suivantes énumérées ici-bas (liste non exaustive) feront partie du quotidien de la majorité des brésiliens, le Brésil, peu importe le niveau de croissance de son économie, ne pourra malheureusement jamais, selon moi, concurrencer avec les pays dits riches, car ces menaces empêchent l’épanouissement, le « réel développement » des hommes et par le fait même des populations entières.

De fait, dans les lignes qui suivront j’exposerai, par des exemples tirés de mon expérience au sein de Mumbuca, un campement du Mouvement des Sans Terre (MST) où j’ai passé le dernier mois, que la pauvreté comporte plus d’une facette :

Vulnérabilité et exclusion

La première semaine au sein du campement de Mumbuca a été marqué par une pluie forte et incessante dépassant largement les températures normales de la saison d’hiver. Il pleuvait tellement qu’après trois jours de pluie ils nous étaient impossible de se rendre à Murici (la ville la plus proche du campement) étant donné que les routes toutes embouées étaient impraticables en voiture, en cheval, en moto. Laissant comme seule option la marche et encore là, le trajet qui dure normalement 1h30 à pied prenait deux fois plus de temps avec toute cette boue. Cette isolation complète du monde extérieur n’eut pas l’air de déranger réellement les gens du campement jusqu’à temps que ligne téléphonique et électricité finissent par complètement cesser de fonctionner le samedi. Le jour suivant, certains se dirigèrent vers Murici pour s’informer de ce qui occasionnait cette absence d’électricité qui tardait à revenir. À leur arrivée à Murici ce ne fût pas une ville, mais des débris, des restes de ce qu’était une ville qu’ils aperçurent. Durant la semaine, il avait tellement plu que le barrage hydroélectrique à proximité de la ville à céder sous le poids de l’eau engloutissant tout sur son passage. On aurait dit un film d’horreur, les états d’Alagoas, de Bahia et de Paraíba ont tous été affecté par des innondations du même genre. En Alagoas, Murici a été la ville la plus affectée, les journaux rapportent que plus de 65% des habitants de la ville, riche ou pauvre, sont maintenant sans abri. Il y a eu des morts, des blessés, et il y a encore des disparus… et alors que j’aidais Madalena, la professeure qui est aussi infirmière de profession, à distribuer couvertures, vêtements et médicaments à la population, nous avons vu un hélicoptère passé au loin dans le ciel…

Corruption, apathie et répartition inégale des richesses

Le soir même nous apprenions que l’hélicoptère appartenait au président Lula et que celui-ci venait d’annoncer que 5 millions seraient débouchés des coffres du gouvernement pour venir en aide aux familles décimées par les innondations. Or, cela fait maintenant bientôt 3 semaines de cela, l’argent a été envoyé par le gouvernement fédéral et pourtant sur le terrain rien n’a changé. Des familles entières vivent encore dans la gare d’autobus de Murici attendant cette fameuse aide annoncée, d’autres se sont réfugiés chez des proches dans la ville qui ont été épargné par les innondations. La Commission Pastoral de la Terre (CPT) de Murici, par exemple, a prêté sa maison à une famille qui avait tout perdue. Ils sont 34 à se partager cette maison de 4 pièces (oncle, cousin, soeur, grand-mère se partagent le tout). Trois semaines et les gens ont tôt fait d’oublier les 5 millions, ici tout le monde sait que les élections arrivent dans 3 mois au Brésil et que les politiciens vont avoir besoin de fonds pour faire la campagne. C’est comme ça ici, on ne s’attend à rien de moins de la part des politiciens.

Madalena, par exemple, n’a pas reçu son salaire d’enseignante depuis 8 mois, il s’est perdu quelque part entre le gouvernement provincial et l’Institution National de la Colonisation et de la Réforme Agraire (INCRA). Cette dernière est une sous-branche du Ministère du Développement rural chargée d’assurer la réforme agraire au Brésil en assurant les discussions avec les Sans Terre et la distribution des terres, des fonds et des vivres pour eux. Malheureusement, Madalena n’est pas la seule dans cette. Le Mouvement de Libération des Sans Terre (MLST) occupent même présentement les bureaux de l’INCRA réclamant que ces fonds soient finalement envoyés comme promis aux multiples campements des Sans Terre.

Il y a 2 semaines, lors de la dernière assemblée du campement, après une plénière bien animée, les habitants de Mumbuca ont décidés à l’unanimité de ne pas aller occuper l’INCRA au côté du MLST. Selon eux, c’est une perte de temps, les politiciens sont tous les mêmes, occupation ou pas, c’est eux qui en bout de ligne décident qui ont des droits ou pas.

Ignorance, manque d’éducation et désinformation

Au téléjournal, on annonce que les 5 millions sont arrivés à bon port, que l’armée nationale fournis à qui le demande des vivres et des médicaments. Sur place, à Murici, la ville la plus affectée par l’innondation, on n’entrevoit pas encore l’ombre d’un seul militaire. Peut-être sont-ils d’abord à Branquinha ou à Floresta ou peut-être simplement que cette aide est une fiction de plus présentée par le téléjournal national. Puis, après ce 2 minutes de bonne nouvelle, on passe un 30 minutes sur l’affaire du gardien de but Bruno qui aurait assassiné son ancienne copine. Et finalement, le téléjournal se termine sur les nouvelles de la Coupe du Monde, le Brésil a peut-être perdu cette année, mais gagnera avec certitude en 2014, toutes les critiques de sport brésilien le disent. Fin du journal. Y a t’il une 3ième Guerre mondiale qui se prépare en ce moment? Qui sait?

À l’école, 8h30 du matin, après les 2 heures de marche pour se rendre à l’école, l’attention des enfants n’est pas à son maximum, tous n’attendent que la pause de 10h pour pouvoir manger la collation que Madalena a acheté avec le peu d’argent qu’elle gagne la fin de semaine comme infirmière. Dans cette salle où des enfants de 4 à 18 ans dont seulement quelques-uns peuvent écrire et lire, enseigner l’anglais me paraît des plus absurde. Je décide de leur enseigner un peu de géographie… un peu plus utile peut-être et encore…

Insécurité constante et apathie

Je l’admets, ce n’est pas un tableau très reluisant que je vous peins aujourd’hui du Brésil, mais il représente la réalité que j’ai rencontrée ici et tant que les personnes auront peur de se rendre seule à la banque la fin de semaine parce que le taux d’agression ne cesse d’augmenter, tant qu’une personne sur deux n’est pas assurée de conserver son emploi demain, tant que la population continuera de faire autant confiance au gouvernement et au système de justice qu’à un vendeur d’autos d’occasion, le Brésil ne pourra être la puissance mondiale de demain. Falta a verdadeira riqueza : o amor de seu país.

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