Premières impressions de Katmandou
March 8, 2010 | Mathieu, maîtrise en mondialisation et développement internationale, stagiaire, Népal, Center for MicrofinanceL’arrivée à Katmandou s’est faite au coucher du soleil après un nombre incalculable d’heures de vol, d’attente et de quelques minutes de sommeil. Après avoir passé 12 heures à l’aéroport de Francfort, le contraste à celui de Katmandou est assez frappant. On marche du tarmac jusqu’au bâtiment principal où on doit remplir nos papiers de visa. Le « bâtiment » en question ressemble plutôt à un hangar désaffecté, mais la présence de douaniers confirme qu’on est au bon endroit. Ceux-ci semblent d’ailleurs beaucoup plus préoccupés par le 100$ US qu’on doit leur verser pour notre visa que par la sécurité des lieux. En tant qu’occidentaux, on nous laisse sortir plus rapidement que les Népalais d’origine. Hari Bastola (Hariji pour être formel), le représentant du CECI au Népal, nous accueil avec des foulards à la sortie de l’aéroport.
Le soleil étant maintenant couché, le périple de l’aéroport vers les bureaux du CECI se fait dans le noir, un noir total si ce n’est que la lumière des phares des voitures et motos que l’on croise sur notre route. Les pannes de courant sont fréquentes à Katmandou et n’épargnent à peu près personne. Les commerces et habitations qui peuvent se payer une génératrice et l’essence qu’elle consomme sont rares.
J’ai l’impression d’entrer dans une zone de guerre ; la route est accidentée et sinueuse, on entend continuellement des bruits de moteurs, de klaxon et de chiens qui jappent, notre nez n’est pas non plus épargné par des odeurs de CO2, d’égouts et de vidanges. L’expression véhicule tout-terrain prend tout son sens ! Je verrouille ma porte et je prie pour le véhicule tienne bon… Après environ vingt minutes qui en paraissent facilement le double, le véhicule s’arrête devant une grande porte bleue avec les inscriptions CECI-Népal! J’ai survécu, enfin on est arrivé! C’est avec bonheur que je découvre la maison du CECI ; toilette propre et eau chaude sans interruption grâce à un système à gaz, grande chambre bien aménagée avec un lit confortable, grand salon avec plusieurs fenêtres, et le meilleur pour la fin : une grande terrasse sur le toit avec vue sur la ville et les montagnes environnantes. Mes inquiétudes font place à un soulagement, je baisse tranquillement ma garde, mais pas complètement ; ça fait quand même juste une heure qu’on est arrivé !
Après un bon premier repas très abordable dans un resto du coin, on rentre à la maison. Il fait froid, la maison n’est pas chauffée, heureusement j’ai apporté mon sac de couchage. Bien qu’il ne soit que 21 h, je suis épuisé et de toute façon il n’y a pas d’électricité, une longue nuit de sommeil ne me fera que du bien.
Les premiers jours me paraissent longs tellement il y a à découvrir et d’information à absorber. Les tâches quotidiennes les plus anodines nécessitent une adaptation que je n’aurais pas imaginée. Le matin je consulte l’horaire d’électricité qui change tous les jours. Il faut par ailleurs s’assurer que le réservoir d’eau est suffisamment rempli, car sinon il faut activer la pompe électrique (lorsqu’il y a de l’électricité). Lorsque je sors, j’apporte mon masque, car la qualité de l’air varie constamment. Je dois faire particulièrement attention sur la route puisqu’il n’y a pas de trottoir et les automobilistes/motocyclistes conduisent de façon erratique entre les piétons, les vaches, les chiens et les chèvres ! À tout cela s’ajoute les nombreux déchets empilés tout au long de la route puisque nous sommes arrivés au beau milieu d’une grève d’éboueurs.
Je ne voudrais surtout pas donner l’impression d’être atterri en enfer puisqu’au-delà des infrastructures déficientes, des dangers de la route et de la pauvreté omniprésente, les Népalais que j’ai rencontrés m’ont rapidement fait oublier ou du moins accepter le chaos de la ville. Il y a ici un esprit pacifiste et une joie de vivre qui m’enchantent, mais que j’ai parfois du mal à m’expliquer. Les Népalais que j’ai croisés font preuve d’une capacité d’adaptation et d’une ingéniosité hors du commun. Cette résilience face aux défis immenses que pose Katmandou suscite toute mon admiration.
Il y a par exemple très peu de mendiants à Katmandou et même dans Thamel (le quartier touristique de Katmandou) ce n’est pas vraiment un problème, la situation est avantageusement comparable aux grandes villes canadiennes.
Bref, Katmandou m’apparaît comme étant une ville de contrastes, bruyante, cahotique mais aussi pleine de vie d’énergie et de couleurs. Il s’agit ici évidemment d’une première réflexion après quelques semaines seulement à Katmandou. Mon prochain message se penchera sur la nature de mon stage et plus spécifiquement sur le déroulement du Sommet de la microfinance Népal 2010 qui s’est tenu à la mi-février.